Pensez à vos enfants en lisant ce mot. J’en suis. Je ne suis qu’un enfant de 17 ans. Et vous me condamnez à vivre l’enfer. Aujourd’hui, demain, et ce pour des générations. Cet été de vacances surchauffées a su nous donner un aperçu délicat de ce qui deviendra la norme bien plus vite qu’on ne le croit.

La science nous a amené jusqu’ici, elle saura nous sortir de cette impasse. C’est pour cette raison que, plutôt que de devenir physicien, boulanger, médecin ou juriste, j’ai choisi d’étudier l’environnement. Je n’ai littéralement plus le choix. Mais si la science peut nous sauver, encore faut-il accepter de l’écouter.

Qu’ils soient du CNRS, du CEA ou de Météo France, plus d’une centaine de chercheurs français ont annoncé, pour couronner l’été, que dans le pire des scénarios, celui de l’inaction totale qui nous guette, jusqu’à 7°C supplémentaires seraient envisageables d’ici 2100.

Que faut-il faire, que faut-il dire? Rappeler que 4°C nous séparent de la précédente aire glaciaire où la plage se situait à -130md’altitude ? Vous répéter que nous avons peur? Nous ne voulons pas être consolés. Que nous vous en voulons? La situation n’en serait que pire encore. Que nous cherchons les coupables? Peu nous importe. Tentons plus simplement la vérité.

Nous ne passerons pas 7°C à 7 milliards d’êtres humains. Voilà ce que personne ne veut voir. Ce que vous ne voulez pas entendre.Voilà pourquoi il faut agir. Le silence est coupable.
Il n’est plus question de progrès, plus question de confort, mais question de survie. De quel avenir rêvez-vous pour nous? Quand mon fils de 5 ans me dira, un soir: «Papa, j’ai peur d’être attaqué par un ours…», devrai-je lui répondre qu’il ne craint rien, car cette espèce aura disparu? Sûrement. Mais comment lui expliquerai-je à 11ans que son cousin Jules, de 4 ans son ainé, ne viendra plus à Noël, parce qu’il aura fait partie des milliers de victimes du passage d’un ouragan lors de son voyage en Floride? Comment lui annoncer pour ses 12 ans que le budget vacances financera les réparations des lézardes causées par la canicule de Juin?

Papa, que me murmureras-tu pour me consoler, pour rester fort, pour rester debout,quand, serrant contre moi mes enfants, leurs petites mains au creux des miennes, nous jetterons une rose sur le cercueil de leur mère, emportée par un cancer du sein? Que tu ne pouvais empêcher l’usage de pesticides?
Maman, que nous diras-tu, lorsque le 20 juillet 2048, date du 14e anniversaire de ma fille, deviendra aussi le jour où la canicule aura emporté mon père? Que 70 ans était un bel âge?

Devrons-nous adresser nos prières à la Science, à Dieu, Allah, Yahweh, à l’Etat ou seulement aux survivants, lorsqu’une série d’incendies emportera tout espoir de visiter la Provence avant de voler ma sœur et son mari à l’amour de leur fille?

Ce que vous nous offrez en héritage, ce n’est pas un monde. C’est simplement l’enfer. Nos yeux sont ouverts, grâce à cette éducation que vous nous avez offerte. Nous écoutons la science.
Chaque jour nous découvrons un peu plus que chaque seconde nous mène vers l’inévitable : des canicules, des incendies, des ouragans, des territoires qui disparaissent, des espèces que l’on n’admirera plus, une production alimentaire altérée, un air pollué, tout comme l’eau que nous buvons, pendant que nos ressources s’épuisent à mesure que leur répartition devient plus inégale. Mais il semble que seuls nos cœurs d’enfants puissent voir l’essentiel, à travers cette myriade d’évènements.

À 7 milliards, avec 7°C supplémentaires, nous connaîtrons la faim, le deuil, la maladie, les émeutes, la guerre, la misère, la folie… nous connaîtrons la mort. L’espèce invasive que nous sommes devenus payera dès demain pour sa folie. Nous payerons pour vous. Moi, ma famille, mes amis, comme tous vos enfants. Votre famille.

Aujourd’hui nous quittons nos postes, nos amphi’ ou nos salles de classe, parce que nous avons été suffisamment bien éduqués. Parce que nous écoutons la science. Je peux réciter de tête le résumé du cours d’environnement : « Nous risquons tous notre vie. Mais rassurez-vous… votre angoisse est compréhensible, face à l’ampleur des dégâts. »En même temps que nous étudions pour notre avenir, nous devons le défendre.

Nous heurterons un mur, et plus nous serons de fous, plus nous mourrons. Personne ne sera épargné. Le choc est déjà devenu inévitable. Mais il nous reste à décider du nombre de survivants.
Voilà pourquoi nous sommes aujourd’hui des millions à descendre dans la rue. Nous représentons vos enfants qui demain, seront des milliards à descendre en enfer. C’est notre ultime espoir de tout changer. Nous sommes décidés à ne pas y rester pour l’éternité.
Aujourd’hui, des millions de jeunes. Demain, des millions de morts. J’écoute simplement la science. J’étudie. Pour l’avenir.

Amael