Langouet, un village sans pesticides ?

Le 11 mai dernier, Daniel Cueff, maire de Langouet (35), a pris un arrêté municipal interdisant l’utilisation des pesticides à moins de 150 mètres des habitations. 3 mois plus tard, fin août, cet arrêté a été suspendu par le tribunal administratif et depuis, le maire a reçu le soutien de citoyens et d’hommes politiques. Lundi, il était devant le tribunal administratif pour défendre son arrêté.
–    Comment vous est venu l’idée d’interdire les pesticides ? 
–    La commune est engagée depuis des années sur la transition écologique. On a fait beaucoup de choses : cantine 100% bio, école de haute qualité environnementale, on produit notre électricité et on a des logements sociaux très écologiques. De plus, une partie des agriculteurs ont fait une conversion au bio. Mais l’autre partie a fait le chemin inverse : non seulement ils ne sont pas passés au bio, mais ils ont intensifié l’utilisation de la chimie dans leurs cultures. Je me suis donc retrouvé devant un gros problème. Les habitants venaient me demander ce qu’ils pouvaient faire face aux pesticides vu qu’ils habitent à la campagne : ils ont fait des analyses qui ont donné des résultats anormaux. De l’autre côté, il y avait des agriculteurs qui me disaient qu’ils ne pouvaient pas changer car ils avaient fait des investissements. Impossible de dialoguer. J’ai donc pris un arrêté de police générale du maire comme la loi me l’autorise. J’ai créé une distance d’éloignement des pesticides de 150 mètres autour des habitations. Cela permettait de protéger les habitants et cela permettait aux agricultures de commencer à cultiver ces parcelles sans pesticides. 

–    Et comment cela a été accueilli par les agriculteurs chimiques de la commune ? 
–    Autant les agriculteurs bio ont sauté de joie, car ça protège aussi leurs enfants et leurs cultures, mais les agriculteurs conventionnels étaient très en colère.
–    Comptez-vous continuer dans ce sens, de protéger vos administrés au niveau des pesticides, des logements plus isolés bref, de faire des mesures écologiques ? 
–    Déjà, nous avons créé des logements sociaux très écologiques, qui sont faits en matériaux sains. Nous avons aussi travaillé sur l’air intérieur des maisons, car souvent quand on a des maisons bien isolées, si les gens amènent des produits toxiques, c’est catastrophique. Et là il y a des pesticides dans l’air dus à l’agriculture, les gens ne peuvent pas s’empêcher de respirer, donc ils respirent malgré eux des pesticides de synthèse, […] et trouvent ça intolérable. […] À partir du moment, où le gouvernement français et le tribunal administratif me signifient, à travers les jugements, que je ne peux pas protéger mes habitants contre les pesticides de synthèses, je ne sais plus par quel bout prendre les choses, je vais tenter de gagner les procès que me fait l’État, pour leur dire qu’ils ne respectent pas la législation européenne. Et face à cette carence, j’essaye de réagir et de mettre en place des protections pour les habitants de la commune. 
–    Et comment cela a été accueilli par les agriculteurs chimiques de la commune ? 
–    Autant les agriculteurs bio ont sauté de joie, car ça protège aussi leurs enfants et leurs cultures, les agriculteurs conventionnels étaient très en colère.

–    Comptez-vous continuer dans ce sens, de protéger vos administrés au niveau des pesticides, des logements plus isolés bref, de faire des mesures écologiques ? 

–    Déjà, nous avons créé des logements sociaux très écologiques, qui sont faits en matériaux sains. Nous avons aussi travaillé sur l’air intérieur des maisons, car souvent quand on a des maisons bien isolées, si les gens amènent des produits toxiques, c’est catastrophique. Et là il y a des pesticides dans l’air dus à l’agriculture, les gens ne peuvent pas s’empêcher de respirer, donc ils respirent malgré eux des pesticides de synthèse, […] et trouvent ça intolérable. […] À partir du moment, où le gouvernement français et le tribunal administratif me signifient, à travers les jugements, que je ne peux pas protéger mes habitants contre les pesticides de synthèses, je ne sais plus par quel bout prendre les choses, je vais tenter de gagner les procès que me fait l’État, pour leur dire qu’ils ne respectent pas la législation européenne. Et face à cette carence, j’essaye de réagir et de mettre en place des protections pour les habitants de la commune. 
–    Depuis, de nombreuses communes ont déclaré être favorables à votre arrêté municipal et se sont ralliées, dont des petites communes rurales, mais aussi de grandes communes comme Paris. Que pensez-vous de ce soutien des grandes villes ? 
–    Ce soutien est extraordinaire car il montre que notre intention commune est d’attaquer les produits qui sont toxiques, qui ne devraient pas être en vente. On refuse d’attaquer les paysans, qui sont victimes des pesticides, on les a même formés à les utiliser en écoles d’agriculture, et maintenant on leur dit de les supprimer. C’est dur pour eux. Et les grandes villes n’ont pas de paysans, ce qui démontre que notre objectif est bien de sortir des pesticides, où qu’ils se trouvent, que ce soit dans les copropriétés qui épandent encore des pesticides ou la SNCF qui utilise encore du glyphosate pour entretenir les bas-côtés des lignes de chemins de fer. 

Les logements sociaux de Langouet

–    Depuis, de nombreuses communes ont déclaré être favorables à votre arrêté municipal et se sont ralliées, dont des petites communes rurales, mais aussi de grandes communes comme Paris. Que pensez-vous de ce soutien des grandes villes ? 
–    Ce soutien est extraordinaire car il montre que notre intention commune est d’attaquer les produits qui sont toxiques, qui ne devraient pas être en vente. On refuse d’attaquer les paysans, qui sont victimes des pesticides, on les a même formés à les utiliser en écoles d’agriculture, et maintenant on leur dit de les supprimer. C’est dur pour eux. Et les grandes villes n’ont pas de paysans, ce qui démontre que notre objectif est bien de sortir des pesticides, où qu’ils se trouvent, que ce soit dans les copropriétés qui épandent encore des pesticides ou la SNCF qui utilise encore du glyphosate pour entretenir les bas-côtés des lignes de chemins de fer. 
–    Avez-vous un message à leur adresser, à toutes ces communes qui vous ont rejoint ? 
–    On est déjà en contact, on s’entraide, chacun trouve des arguments pour le moment où nous passerons devant le tribunal pour convaincre les juges que nous avons raison de protéger notre population et que c’est d’ailleurs un principe de base de la constitution française, le principe de précaution. On doit l’appliquer à tous les niveaux, y compris au niveau des communes […]
–    Vous n’êtes pas le premier maire à avoir mis en place des mesures contre les pesticides. A votre avis, pourquoi votre village en particulier a fait du bruit ? 
–    Cette question, je me la pose aussi. Pourquoi ? […] Nous sommes considérés comme un village très avancé sur le plan écologique. En tout cas nous essayons et le fait que je prenne un arrêté interdisant les pesticides dans un rayon de 150 mètres autour des habitations a été considéré […] comme quelque chose de cohérent au niveau de la politique communale. Je crois que l’énorme sympathie autour de l’arrêté a été déclenché par le message envoyé par Madame la Préfète à la presse en signifiant que si l’arrêté n’était pas enlevé, elle me traînerait devant le tribunal administratif. Et le jour d’après, j’ai reçu des centaines de messages, des milliers, des dizaines de milliers, venant de partout, de France, d’Europe et même du Canada, me disant de tenir bon, mais la commune n’a jamais fait un seul communiqué de presse pour dire que nous avions pris cet arrêté. Ce message a été jugé insupportable : comment peut-on empêcher un maire de protéger sa population ?
–    J’imagine que vous allez continuer à appliquer votre arrêté, même sous la menace de la justice et celle d’Emmanuel Macron dans son interview post-G7 
–    Non, puisqu’à ce jour le tribunal administratif a suspendu mon arrêté, je ne peux plus le mettre en place […]

Interview recueillie par Alexis S.

Youth for Climate à l’Assemblée Nationale

Le 23 Juillet 2019, Ivy Fleur-Boileau, Alicia Arquetoux, Virgile Mouquet, trois membres de Youth For Climate Angers, Lorient, et Bordeaux, ainsi que Greta Thunberg, lanceuse d’alerte Suédoise, et la vice-présidente du GIEC Valérie Masson-Delmotte, ont tenus des discours en face d’un certain nombre de députés, dans la Salle Victor Hugo de l’Assemblée Nationale.

Ils étaient invités par le député Matthieu Orphelin à s’exprimer et à prendre part aux débats avec les élus. Malgré le boycott de l’intervention de Greta Thunberg, et donc des autres jeunes et de scientifique, les questions et remerciements post-discours furent nombreux.

Après le discours de Greta Thunberg, où elle cite énormément de chiffres et de faits politiques, tout en évoquant l’urgence, le tour est venu pour les 3 jeunes français de s’exprimer. Ils ont par exemple demandé aux députés de prendre leurs responsabilités « car les citoyens vous ont élus. Prendre des décisions contraignantes est votre devoir ! Nous vous demandons de faire vos devoirs » disait Virgile. Ivy a parlé de l’angoisse douloureuse qu’elle et beaucoup d’autres ressentent. « Moi, ça me fais paniquer 2030 2040 (…) Combien d’enfants dans la rue vous faut-il pour vous faire réagir ? » a-t-elle déclaré. Enfin, Alicia Arquetoux a rappelé ladignité du combat porté par les jeunes en lançant « qu’y a t’il de plus légitime que de se battre pour sa vie ? » notamment.

Valérie Masson-Delmotte, a pris la parole juste après les jeunes pour développer les aspects scientifiques la question. Elle a notamment expliqué que "Limiter le réchauffement à 1,5 degré pourrait réduire de plusieurs centaines de millions le nombre de personnes dans le monde exposées au risque climatique et susceptibles de basculer dans la pauvreté", et le fait qu’il est encore possible d’atteindre cet objectif. Elle a rappelé que « chaque demi degré compte ».

À la suite des discours, est venu le temps des questions. Les jeunes de Youth for Climate et Greta Thunberg répondent ainsi aux députés et aux médias. Au milieu des interventions, Robin Jullian, membre de Youth for Climate, qui fait la grève tous les vendredis à Grenoble, a partagé son touchant témoignage en expliquant le choc qu’avait provoqué dans son enfance sa réalisation que son futur était menacé. Il déclare avoir « perdu foi en l’Humanité », mais que cette douleur lui a servi de moteur : « J’ai compris qu’abandonner ferait de moi un lâche ».

Photos par Louise V.

Aachen : Grève et Action Directe

#AC2106

Pourquoi ce hashtag, me diriez-vous ? C’est tout simple, il représente les 2 manifestations ayant eu lieu à Aix-la-Chapelle et le long de la mine de Garzweiler II.

Vendredi, près de 40 000 personnes de 16 nationalités ont relié différents points (la Gare Centrale, un parc, et l’université de la ville, mais aussi à vélo des Pays-Bas voisins) au stade Tivoli au nord d’Aix-la-Chapelle. Durant la manifestation ont résonné les slogans comme « on est là, on est bruyant, car ils nous volent l’avenir » ou encore « Charbon stop ; protection du climat ; l’Hambi [forêt menacée] reste ». Au bout de la manifestation, alternaient groupes de musique et intervenants venant de partout dans le monde (Allemands mais aussi indiens et philippins). Du côté français, Cyril Dion, réalisateur du film Demain et Robin Jullian, de Grenoble se sont exprimés. Le soir, un concert est donné par le groupe BrassRiot près du lieu d’hébergement, un parking renommé pour l’occasion en « Parkhotel ». Il a accueilli au total près de 2 750 personnes !

Le samedi, une seconde manifestation a eu lieu le long de la mine jusqu’au village de Kayenberg, situé à moins d’un kilomètre de la mine de lignite. Elle aura rassemblé 8 000 personnes ! Dans le même temps les militants d’Ende Gelände (environ 6 000) entraient pacifiquement sur la mine de Garzweiler II pour protester contre les agrandissements de mine RWE prévus, qui détruiraient plusieurs villages et la forêt de Hambach située proche de la mine du même nom à quelques kilomètres du lieu de la manifestation. Ces manifestations auront fait d’Aix-la-Chapelle la capitale du mouvement écologiste pour quelques jours !

Témoignage

Je m’appelle Zoé, j’ai 18 ans, je suis à Youth For Climate Lyon et ce weekend j’ai fait plusieurs actions de lutte climatique en Allemagne.

Le 21 juin je suis allée à Aix la chapelle pour la marche européenne organisée par le mouvement Fridays For Future, qui a rassemblé 16 autres pays et 40 000 personnes ! Ce fut vraiment impressionnant de voir autant de jeunes engagés pour le climat et une si grande détermination et énergie.

Mais ce qui a été le plus marquant pour moi fut l’action organisée par Ende Gelände contre l’exploitation du charbon, qui en plus d’être l’une des plus grandes sources de C02 en Europe menace la forêt et les villages environnant les différentes mines.

Samedi j’ai donc réussi à rentrer dans la mine de Garzweiler avec un groupe de 2000 personnes. Ce fut une action en même temps poignante et effrayante. Dans un premier temps lorsque je me suis retrouvée face à cette immensité sans vie, comme un paysage lunaire où tout a été détruit, je me suis réellement rendue compte du désastre. Puis il a fallu passer plusieurs barrages de policiers, courir pour descendre dans la mine et tenir bon malgré la chaleur épuisante et la pression des forces de police commençant à nous déloger.

Grâce aux différents groupes, la mine et les rails d’acheminement sont restés bloqués pendant 48h.

Malgré l’euphorie de l’action de masse, tous les moments de partage avec les autres activistes et l’impression d’avoir œuvré pour la planète, je n’oublie pas qu’il ne s’agit que d’une action ponctuelle et que nous avons encore beaucoup de travail dans la lutte climatique.

Il faut maintenant aller plus loin que de simples manifestations et arrêter de seulement parler des « générations futures » en repoussant toujours le problème car l’urgence est bien réelle et elle nous concerne déjà toutes et tous. La désobéissance civile doit se faire de plus en plus en repensant la balance entre le légal et le légitime : ici bloquer la mine était illégal mais totalement légitime si l’on considère qu’il s’agit d’une menace environnementale. Nous devons conti­nuer à nous unir face à l’urgence climatique, le mou­vement ne fait que com­mencer !

Merci à @_stephanemeyer_ pour les photos