Discours de politique d’Édouard Philippe

24 Juin 2019

Édouard Philippe a parlé de nous lors de sa déclaration de politique générale le 12 juin : « urgence écologique, comme le crient les jeunes Français à l’encontre des gouvernements et des entreprises qui n’en font pas assez », dit-il dans les premières phrases de sa prise de parole. Belle remise en question pour le premier ministre, qui, tout au long de son discours, a appelé à consacrer « les douzes prochains mois [à] l’accélération écologique », annonçant sa volonté « d’en finir » avec la (non-)politique écologique menée lors de “l’acte I” du quinquennat. La raison de cette brusque “rupture” ? « J’ai mis du temps […], à considérer que ces enjeux étaient aussi urgents que la défense de l’emploi ou la sécurité. » Mais le premier ministre a-t-il réellement compris l’urgence du dérèglement climatique et les mesures annoncées sont-elles à la hauteur pour y faire face ?

« “Accélération écologique”, c’est déjà un peu étrange de le dire comme ça, car en réalité, on n’a pas commencé. l’année 2018, a été, à l’échelle mondiale, la pire de l’histoire de l’humanité en terme d’émissions de CO2 ; donc donner l’impression qu’on est dans la bonne direction mais qu’il faut accélérer est un mensonge », estime Aurélien Barreau, astrophysicien et philosophe – notamment auteur en 2018 d’une tribune qui demande un sursaut écologique -, sur le plateau de 28 minutes, émission d’Arte. Il rappelle par ailleurs que cet engagement écologique a été promis en leurs temps par Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy.

Le premier ministre a divisé son “plan de bataille ” en deux grandes parties : la diminution du gaspillage et remise à plat des aides à la rénovation énergétique. « J’ai annoncé notre volonté d’en finir avec cette pratique scandaleuse qui consiste à jeter ce qui ne peut être vendu », déclare le premier ministre. Dans sa ligne de mire, le plastique, qui sera désormais totalement recyclé – « nous fixons l’objectif de 100% de plastique recyclé […] et d’étudier la mise en place d’une consigne sur certains emballages »-, et qui sera supprimé des administrations.

     L’objectif du deuxième point est de reconstruire les aides à la rénovations qui « profitent aux plus riches », avec l’idée de mobiliser des fonds privés. Le premier ministre a par ailleurs rappelé sa volonté de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim « avant fin 2020 » et les 4 dernières centrales électriques à charbon d’ici 2022. L’objectif est de diminuer « la part du nucléaire à 50% d’ici 2035, avec le développement massif du renouvelable ». Augmentation de l’usage de l’éolien en mer et « nouvelle orientation [de la] politique hydroélectrique » seront au programme pour atteindre ce but. Le dernier point soulevé par le numéro 2 de l’exécutif est celui de l’alimentation. « Nous devons produire et manger mieux », pose-t-il. Pourtant, tout en soulignant l’efficacité très contestée du nutriscore et en appelant à réformer la Politique Agricole Commune (PAC), il n’a pas une seule fois parlé de l’agriculture biologique. Édouard Philippe a pour finir rappelé l’importance qu’il attache à deux nouvelles lois, qu’il souhaite voir votées d’ici les vacances parlementaires, qui commenceront le 30 juin.

     La première, c’est la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), qui porte des mesures fortes, comme l’interdiction de la vente en 2040 des voitures fonctionnant avec des énergies fossiles soit 97% des voitures aujourd’hui vendues. Cette mesure suscite la colère de certains syndicats, notamment FO qui craint la suppression de 340 000 emplois. La LOM va aussi obliger les loueu·r·ses de véhicules à renforcer leur flotte de voitures électriques. Iels devront louer 20% de voitures électriques en 2022. En outre, la LOM présente de nombreuses autres mesures dont le but est de faciliter la mobilité des Françai·ses, la gratuité du permis de conduire, l’ouverture à la concurence des lignes de bus de la RATP. Le deuxième projet de loi, qui concerne l’énergie et le climat, devant être une petite loi sans grande mesure écologique, a été transformé lors du travail en commission des député·es, à la suite du discours de politique générale d’Édouard Phillipe : il inscrit dans le du Code de l’énergie la volonté du gouvernement d’atteindre la neutralité carbone en 2050, comme le préconise le GIEC pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Les projets de loi de finance, qui définissent chaque année le budget de l’État devront désormais être accompagnés d’un rapport expliquant ses « incidences positives ou négative […] sur le réchauffement climatique ». Il fixe aussi les prérogatives du haut conseil pour le climat, composé de 12 scientifiques et acteurices de la transition écologique. Sera garanti dans la loi leur totale indépendance et l’interdiction aux lobbies d’agir auprès d’eux. Ce haut conseil sera chargé de publier chaque année plusieurs rapports, notamment sur « l’efficacité des politiques […] décidées par l’État et les collectivités territoriales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », les comparer avec celles des autres pays et réfléchit aux mesures qui pourraient êtres mises en oeuvre. Le projet de loi met aussi en place des mesures pour permettre aux salarié·es des centrales thermiques et nucléaires amenées à fermer de suivre des formations spéciales, une mesure pour tenter de rassurer les organisations syndicales de Fassenheim ou des dernières centrales à charbon. À partir de 2022, pour tenter d’éradiquer l’épineux problème des passoires thermiques (les logements consommant plus de 3 310 kilowattheures par mètre carré) un audit sur les travaux à faire pour réduire la consommation d’énergie devra être réalisé lors de la vente. Le gouvernement a refusé des mesures proposées par les député·es pour interdire après 2025 la location de ces habitats et pour financer les travaux de rénovation si le propriétaire n’est pas en mesure d’avancer l’argent. Le projet de loi énergie climat prévoit la simplification des procédures pour les projets d’énergies renouvelables. Il autorise aussi le gouvernement à transposer en droit français par ordonnances le contenu des lois européennes « Une énergie propre pour tou·tes les Européen·nes ». Ces mesures sont jugées insuffisantes pour permettre la neutralité carbone en 2050 par certains député·es, dont celleux du groupe écologiste de l’Assemblée.

Le Temps Presse – Youth for Climate France

Youth for Climate France est le mouvement de la jeunesse et des étudiants engagés pour le climat. Depuis début 2019, nous rassemblons les différents groupes locaux en France qui répondent au mouvement “Fridays for Future”, lancé à l’appel de Greta Thunberg.

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