Langouet, un village sans pesticides ?

Langouet, un village sans pesticides ?

Le 11 mai dernier, Daniel Cueff, maire de Langouet (35), a pris un arrêté municipal interdisant l’utilisation des pesticides à moins de 150 mètres des habitations. 3 mois plus tard, fin août, cet arrêté a été suspendu par le tribunal administratif et depuis, le maire a reçu le soutien de citoyens et d’hommes politiques. Lundi, il était devant le tribunal administratif pour défendre son arrêté.
–    Comment vous est venu l’idée d’interdire les pesticides ? 
–    La commune est engagée depuis des années sur la transition écologique. On a fait beaucoup de choses : cantine 100% bio, école de haute qualité environnementale, on produit notre électricité et on a des logements sociaux très écologiques. De plus, une partie des agriculteurs ont fait une conversion au bio. Mais l’autre partie a fait le chemin inverse : non seulement ils ne sont pas passés au bio, mais ils ont intensifié l’utilisation de la chimie dans leurs cultures. Je me suis donc retrouvé devant un gros problème. Les habitants venaient me demander ce qu’ils pouvaient faire face aux pesticides vu qu’ils habitent à la campagne : ils ont fait des analyses qui ont donné des résultats anormaux. De l’autre côté, il y avait des agriculteurs qui me disaient qu’ils ne pouvaient pas changer car ils avaient fait des investissements. Impossible de dialoguer. J’ai donc pris un arrêté de police générale du maire comme la loi me l’autorise. J’ai créé une distance d’éloignement des pesticides de 150 mètres autour des habitations. Cela permettait de protéger les habitants et cela permettait aux agricultures de commencer à cultiver ces parcelles sans pesticides. 

–    Et comment cela a été accueilli par les agriculteurs chimiques de la commune ? 
–    Autant les agriculteurs bio ont sauté de joie, car ça protège aussi leurs enfants et leurs cultures, mais les agriculteurs conventionnels étaient très en colère.
–    Comptez-vous continuer dans ce sens, de protéger vos administrés au niveau des pesticides, des logements plus isolés bref, de faire des mesures écologiques ? 
–    Déjà, nous avons créé des logements sociaux très écologiques, qui sont faits en matériaux sains. Nous avons aussi travaillé sur l’air intérieur des maisons, car souvent quand on a des maisons bien isolées, si les gens amènent des produits toxiques, c’est catastrophique. Et là il y a des pesticides dans l’air dus à l’agriculture, les gens ne peuvent pas s’empêcher de respirer, donc ils respirent malgré eux des pesticides de synthèse, […] et trouvent ça intolérable. […] À partir du moment, où le gouvernement français et le tribunal administratif me signifient, à travers les jugements, que je ne peux pas protéger mes habitants contre les pesticides de synthèses, je ne sais plus par quel bout prendre les choses, je vais tenter de gagner les procès que me fait l’État, pour leur dire qu’ils ne respectent pas la législation européenne. Et face à cette carence, j’essaye de réagir et de mettre en place des protections pour les habitants de la commune. 
–    Et comment cela a été accueilli par les agriculteurs chimiques de la commune ? 
–    Autant les agriculteurs bio ont sauté de joie, car ça protège aussi leurs enfants et leurs cultures, les agriculteurs conventionnels étaient très en colère.

–    Comptez-vous continuer dans ce sens, de protéger vos administrés au niveau des pesticides, des logements plus isolés bref, de faire des mesures écologiques ? 

–    Déjà, nous avons créé des logements sociaux très écologiques, qui sont faits en matériaux sains. Nous avons aussi travaillé sur l’air intérieur des maisons, car souvent quand on a des maisons bien isolées, si les gens amènent des produits toxiques, c’est catastrophique. Et là il y a des pesticides dans l’air dus à l’agriculture, les gens ne peuvent pas s’empêcher de respirer, donc ils respirent malgré eux des pesticides de synthèse, […] et trouvent ça intolérable. […] À partir du moment, où le gouvernement français et le tribunal administratif me signifient, à travers les jugements, que je ne peux pas protéger mes habitants contre les pesticides de synthèses, je ne sais plus par quel bout prendre les choses, je vais tenter de gagner les procès que me fait l’État, pour leur dire qu’ils ne respectent pas la législation européenne. Et face à cette carence, j’essaye de réagir et de mettre en place des protections pour les habitants de la commune. 
–    Depuis, de nombreuses communes ont déclaré être favorables à votre arrêté municipal et se sont ralliées, dont des petites communes rurales, mais aussi de grandes communes comme Paris. Que pensez-vous de ce soutien des grandes villes ? 
–    Ce soutien est extraordinaire car il montre que notre intention commune est d’attaquer les produits qui sont toxiques, qui ne devraient pas être en vente. On refuse d’attaquer les paysans, qui sont victimes des pesticides, on les a même formés à les utiliser en écoles d’agriculture, et maintenant on leur dit de les supprimer. C’est dur pour eux. Et les grandes villes n’ont pas de paysans, ce qui démontre que notre objectif est bien de sortir des pesticides, où qu’ils se trouvent, que ce soit dans les copropriétés qui épandent encore des pesticides ou la SNCF qui utilise encore du glyphosate pour entretenir les bas-côtés des lignes de chemins de fer. 

Les logements sociaux de Langouet

–    Depuis, de nombreuses communes ont déclaré être favorables à votre arrêté municipal et se sont ralliées, dont des petites communes rurales, mais aussi de grandes communes comme Paris. Que pensez-vous de ce soutien des grandes villes ? 
–    Ce soutien est extraordinaire car il montre que notre intention commune est d’attaquer les produits qui sont toxiques, qui ne devraient pas être en vente. On refuse d’attaquer les paysans, qui sont victimes des pesticides, on les a même formés à les utiliser en écoles d’agriculture, et maintenant on leur dit de les supprimer. C’est dur pour eux. Et les grandes villes n’ont pas de paysans, ce qui démontre que notre objectif est bien de sortir des pesticides, où qu’ils se trouvent, que ce soit dans les copropriétés qui épandent encore des pesticides ou la SNCF qui utilise encore du glyphosate pour entretenir les bas-côtés des lignes de chemins de fer. 
–    Avez-vous un message à leur adresser, à toutes ces communes qui vous ont rejoint ? 
–    On est déjà en contact, on s’entraide, chacun trouve des arguments pour le moment où nous passerons devant le tribunal pour convaincre les juges que nous avons raison de protéger notre population et que c’est d’ailleurs un principe de base de la constitution française, le principe de précaution. On doit l’appliquer à tous les niveaux, y compris au niveau des communes […]
–    Vous n’êtes pas le premier maire à avoir mis en place des mesures contre les pesticides. A votre avis, pourquoi votre village en particulier a fait du bruit ? 
–    Cette question, je me la pose aussi. Pourquoi ? […] Nous sommes considérés comme un village très avancé sur le plan écologique. En tout cas nous essayons et le fait que je prenne un arrêté interdisant les pesticides dans un rayon de 150 mètres autour des habitations a été considéré […] comme quelque chose de cohérent au niveau de la politique communale. Je crois que l’énorme sympathie autour de l’arrêté a été déclenché par le message envoyé par Madame la Préfète à la presse en signifiant que si l’arrêté n’était pas enlevé, elle me traînerait devant le tribunal administratif. Et le jour d’après, j’ai reçu des centaines de messages, des milliers, des dizaines de milliers, venant de partout, de France, d’Europe et même du Canada, me disant de tenir bon, mais la commune n’a jamais fait un seul communiqué de presse pour dire que nous avions pris cet arrêté. Ce message a été jugé insupportable : comment peut-on empêcher un maire de protéger sa population ?
–    J’imagine que vous allez continuer à appliquer votre arrêté, même sous la menace de la justice et celle d’Emmanuel Macron dans son interview post-G7 
–    Non, puisqu’à ce jour le tribunal administratif a suspendu mon arrêté, je ne peux plus le mettre en place […]

Interview recueillie par Alexis S.

Youth for Climate à l’Assemblée Nationale

Youth for Climate à l’Assemblée Nationale

Le 23 Juillet 2019, Ivy Fleur-Boileau, Alicia Arquetoux, Virgile Mouquet, trois membres de Youth For Climate Angers, Lorient, et Bordeaux, ainsi que Greta Thunberg, lanceuse d’alerte Suédoise, et la vice-présidente du GIEC Valérie Masson-Delmotte, ont tenus des discours en face d’un certain nombre de députés, dans la Salle Victor Hugo de l’Assemblée Nationale.

Ils étaient invités par le député Matthieu Orphelin à s’exprimer et à prendre part aux débats avec les élus. Malgré le boycott de l’intervention de Greta Thunberg, et donc des autres jeunes et de scientifique, les questions et remerciements post-discours furent nombreux.

Après le discours de Greta Thunberg, où elle cite énormément de chiffres et de faits politiques, tout en évoquant l’urgence, le tour est venu pour les 3 jeunes français de s’exprimer. Ils ont par exemple demandé aux députés de prendre leurs responsabilités « car les citoyens vous ont élus. Prendre des décisions contraignantes est votre devoir ! Nous vous demandons de faire vos devoirs » disait Virgile. Ivy a parlé de l’angoisse douloureuse qu’elle et beaucoup d’autres ressentent. « Moi, ça me fais paniquer 2030 2040 (…) Combien d’enfants dans la rue vous faut-il pour vous faire réagir ? » a-t-elle déclaré. Enfin, Alicia Arquetoux a rappelé ladignité du combat porté par les jeunes en lançant « qu’y a t’il de plus légitime que de se battre pour sa vie ? » notamment.

Valérie Masson-Delmotte, a pris la parole juste après les jeunes pour développer les aspects scientifiques la question. Elle a notamment expliqué que "Limiter le réchauffement à 1,5 degré pourrait réduire de plusieurs centaines de millions le nombre de personnes dans le monde exposées au risque climatique et susceptibles de basculer dans la pauvreté", et le fait qu’il est encore possible d’atteindre cet objectif. Elle a rappelé que « chaque demi degré compte ».

À la suite des discours, est venu le temps des questions. Les jeunes de Youth for Climate et Greta Thunberg répondent ainsi aux députés et aux médias. Au milieu des interventions, Robin Jullian, membre de Youth for Climate, qui fait la grève tous les vendredis à Grenoble, a partagé son touchant témoignage en expliquant le choc qu’avait provoqué dans son enfance sa réalisation que son futur était menacé. Il déclare avoir « perdu foi en l’Humanité », mais que cette douleur lui a servi de moteur : « J’ai compris qu’abandonner ferait de moi un lâche ».

Photos par Louise V.

Aachen : Grève et action directe

Aachen : Grève et action directe

#AC2106

Pourquoi ce hashtag, me diriez-vous ? C’est tout simple, il représente les 2 manifestations ayant eu lieu à Aix-la-Chapelle et le long de la mine de Garzweiler II.

Vendredi, près de 40 000 personnes de 16 nationalités ont relié différents points (la Gare Centrale, un parc, et l’université de la ville, mais aussi à vélo des Pays-Bas voisins) au stade Tivoli au nord d’Aix-la-Chapelle. Durant la manifestation ont résonné les slogans comme « on est là, on est bruyant, car ils nous volent l’avenir » ou encore « Charbon stop ; protection du climat ; l’Hambi [forêt menacée] reste ». Au bout de la manifestation, alternaient groupes de musique et intervenants venant de partout dans le monde (Allemands mais aussi indiens et philippins). Du côté français, Cyril Dion, réalisateur du film Demain et Robin Jullian, de Grenoble se sont exprimés. Le soir, un concert est donné par le groupe BrassRiot près du lieu d’hébergement, un parking renommé pour l’occasion en « Parkhotel ». Il a accueilli au total près de 2 750 personnes !

Le samedi, une seconde manifestation a eu lieu le long de la mine jusqu’au village de Kayenberg, situé à moins d’un kilomètre de la mine de lignite. Elle aura rassemblé 8 000 personnes ! Dans le même temps les militants d’Ende Gelände (environ 6 000) entraient pacifiquement sur la mine de Garzweiler II pour protester contre les agrandissements de mine RWE prévus, qui détruiraient plusieurs villages et la forêt de Hambach située proche de la mine du même nom à quelques kilomètres du lieu de la manifestation. Ces manifestations auront fait d’Aix-la-Chapelle la capitale du mouvement écologiste pour quelques jours !

Témoignage

Je m’appelle Zoé, j’ai 18 ans, je suis à Youth For Climate Lyon et ce weekend j’ai fait plusieurs actions de lutte climatique en Allemagne.

Le 21 juin je suis allée à Aix la chapelle pour la marche européenne organisée par le mouvement Fridays For Future, qui a rassemblé 16 autres pays et 40 000 personnes ! Ce fut vraiment impressionnant de voir autant de jeunes engagés pour le climat et une si grande détermination et énergie.

Mais ce qui a été le plus marquant pour moi fut l’action organisée par Ende Gelände contre l’exploitation du charbon, qui en plus d’être l’une des plus grandes sources de C02 en Europe menace la forêt et les villages environnant les différentes mines.

Samedi j’ai donc réussi à rentrer dans la mine de Garzweiler avec un groupe de 2000 personnes. Ce fut une action en même temps poignante et effrayante. Dans un premier temps lorsque je me suis retrouvée face à cette immensité sans vie, comme un paysage lunaire où tout a été détruit, je me suis réellement rendue compte du désastre. Puis il a fallu passer plusieurs barrages de policiers, courir pour descendre dans la mine et tenir bon malgré la chaleur épuisante et la pression des forces de police commençant à nous déloger.

Grâce aux différents groupes, la mine et les rails d’acheminement sont restés bloqués pendant 48h.

Malgré l’euphorie de l’action de masse, tous les moments de partage avec les autres activistes et l’impression d’avoir œuvré pour la planète, je n’oublie pas qu’il ne s’agit que d’une action ponctuelle et que nous avons encore beaucoup de travail dans la lutte climatique.

Il faut maintenant aller plus loin que de simples manifestations et arrêter de seulement parler des « générations futures » en repoussant toujours le problème car l’urgence est bien réelle et elle nous concerne déjà toutes et tous. La désobéissance civile doit se faire de plus en plus en repensant la balance entre le légal et le légitime : ici bloquer la mine était illégal mais totalement légitime si l’on considère qu’il s’agit d’une menace environnementale. Nous devons conti­nuer à nous unir face à l’urgence climatique, le mou­vement ne fait que com­mencer !

Merci à @_stephanemeyer_ pour les photos

Le glyphosate, pomme de discorde

Le glyphosate, pomme de discorde

Si l’on en croit le site internent de Bayer, le glyphosate est le sauveur de la nature. Accompagnés de photos idylliques de champs remplis de coquelicots, de primevères, les articles intitulés par exemple « le rôle du glyphosate dans la préservation de l’environnement et la biodiversité » expliquent que celui-ci protège les abeilles, préserve l’environnement et n’a aucun impact sur la santé, ni des consommateurices, ni des fermier·es qui l’utilisent. Pourtant, ce pesticide est accusé, en plus de détruire (malgré leur utilité connue) les écosystèmes qui se construisent autour des champs, de causer de nombreux cancers à celleux qui l’utilisent. Tentons ici de faire le point sur le glyphosate et tous ses effets. Tout d’abord, qu’est-ce que le glyphosate ? C’est une molécule, utilisée comme herbicide qui s’attaque à toutes les plantes du champ. Avec 25 % du marché des herbicides, c’est le plus utilisé au monde, principalement vendu dans le Roundup de Bayer-Monsanto. Selon Xavier Reboud, chercheur à l’institut national de la recherche agronomique (INRA), « le glyphosate doit sa notoriété à un certain nombre de propriétés. C’est un herbicide total, c’est-à-dire qu’il va détruire toutes les espèces végétales qui possèdent un même mécanisme que le glyphosate bloque » : en empêchant la production d’acides aminés indispensables à la photosynthèse, il fait mourir la plante. Cet herbicide, continue Xavier Reboud, est « très efficace pour désherber n’importe quelle situation », ce qui explique son usage dans les champs, sur la voirie ou dans des jardins particuliers. Les agriculteurices l’utilisent entre deux cultures pour éliminer les « mauvaise herbes » sans devoir recourir au labourage, ce qui est pour elleux un gain de temps et d’argent. Ces mauvaise herbes sont pourtant appréciées des abeilles et des autres pollinisateurs, et leur disparition est, comme l’assure Paul Schweitzer, du laboratoire d’analyse et d’écologie apicole « une menace pour la biodiversité végétale certes, mais également animale car de nombreuses espèces animales leurs sont inféodées ».

En plus de pouvoir détruire des plantes très résistantes – le glyphosate se répand même dans les parties les plus isolées de la plante, la détruisant complètement –, un des autres avantages apporté par cette molécule est qu’elle disparaît au bout de très peu de temps : il suffit de quelques jours entre l’usage de celui-ci et la plantation pour que cette nouvelle culture ne soit pas touchée.

Mais le glyphosate est présent jusque dans nos assiettes : une étude de 2015 de Génération futures a montré qu’il en reste des traces dans la moitié des 30 échantillons étudiés.

À l’instar de nombreux autres pesticides et engrais, le glyphosate ruisselle et on le retrouve dans de nombreux cours d’eau, dans les nappes phréatiques, et dans les eaux de pluie. Une étude américaine a étudié l’air et l’eau d’une région d’agriculture intensive : trois quarts des échantillons contiennent des traces de glyphosate. Pourtant, le glyphosate, comme on le disait tout à l’heure, n’est pas rémanent : il disparaît très rapidement, sa demie-vie (temps qu’une espèce chimique met pour perdre la moitié de ses effets) n’excède pas quelques mois. Cette fréquence est due à l’usage très important, voire excessif, du glyphosate par les agriculteurices.

Il est évident que le glyphosate est toxique pour les végétaux, mais, depuis son invention, des questions se posent quant à sa dangerosité pour les espèces animales et notamment l’humain. Autant il existe un consensus quant à la toxicité du glyphosate chez certains mammifères (comme chez certaines souris), chez qui le lien entre l’exposition au RoundUp et l’augmentation du risque de cancer est avéré, autant il n’existe pas de consensus scientifique sur la question de la toxicité du glyphosate chez l’humain. Cet herbicide est accusé de provoquer des lymphomes non hodgkinien, des cancers du sang très rares, mais il pourrait aussi être mutagène, c’est-à-dire qu’il s’attaque à l’ADN. Résumons les dernières études sur le sujet : en 2015, le Centre International de la Recherche sur le Cancer (CIRC), organisme de l’Organisation Mondiale de la Santé, classe le glyphosate comme cancérogène probable. En considérant qu’il y a un lien entre glyphosate et cancer, elle s’oppose à de très nombreuses agences de cancérologies nationales – une division due en partie à des différences d’évaluation et de méthodologie : « le CIRC évalue ce qu’on appelle des dangers, c’est-à-dire est-ce que dans l’absolu ce produit peut être cancérigène. Il ne tient pas compte de l’exposition réelle des populations. Il y a d’autres groupes d’experts donc le but est d’évaluer les risques : le danger d’une part, couplé à l’exposition. L’EFSA [et les autres agences] font des expertises, mais l’objectif [est] de savoir si le glyphosate contaminant l’alimentation pouvait poser un problème de toxicité chez l’homme » explique Robert Barouki, biochimiste à l’INSERM.

Les dernières études en date sur le glyphosate trouvent un lien entre la molécule et les LNH. La méta-analyse (analyse de plusieurs études statistiques) de cinq chercheurs américains est très intéressante, car elle se base sur des dizaines d’études statistiques du monde entier. Elle conclut que le risque de développer un LNH a augmenté de 41 % chez les travailleureuses qui utilisent du glyphosate. 3 des 5 auteurs de cette étude avaient participé en 2016 au travail de l’agence américaine EPA, qui avait conclu que le glyphosate n’est pas cancérogène. Mais elle critiquent la méthode de l’agence, qui a utilisé les chiffres fournis par Monsanto, s’opposant ainsi à une majorité de chercheureuses invité·es à participer au panel de l’EPA. Une autre étude, parue en mai dernier, et s’appuyant sur un immense panel de 315000 agriculteurices suivi·es pendant plus de dix ans, conclut à une très claire augmentation du risque de cancer. Contrairement à d’autre études réalisées sur des patient·es déjà atteint·es du cancer qui doivent rétrospectivement se souvenir des intrants chimiques utilisés et de leur quantité, ce qui apporte de la précision à l’étude. Cette étude, qui reste pourtant décriée par d’autres chercheureuses, conclut que le glyphosate entraîne des sur-risques de 36 % de développer des LNH.

Aux États-Unis, plus de 11000 malades ont engagé une proédure judiciaire contre Monsanto. La justice américaine a donné raison aux victimes lors des deux procès qui ont eu lieu, accusant Monsanto de « malveillance », et l’entreprise doit payer 2200 millions de dollars au jardinier Dewayne Johnson et à deux particuliers américains, les époux Pilliod.

Monsanto mène d’importantes actions de lobbying, en tentant de convaincre les scientifiques des agences de cancérologie mais aussi le grand public. Les Monsanto Papers, révélés notamment par le journal Le Monde, montrent cette stratégie de propagande, et détaillent comment certains rapports d’agences de cancérologie sont en partie des copiés-collés de rapport et d’arguments de l’entreprise. Monsanto s’inquiète d’ailleurs beaucoup dans des notes internes de la dangerosité de ses produits.

Que dit la loi aujourd’hui ?

Depuis le 1er janvier 2019, le glyphosate destiné à un usage par des particulier·es est interdit.
Pour les professionnel·les, l’État s’est engagé à supprimer le glyphosate d’ici 2021. Néanmoins, il existera des dérogations pour certains usages du glyphosate (ces termes étant très flous) jusqu’en 2023.

Discours de politique d’Édouard Philippe

Discours de politique d’Édouard Philippe

Édouard Philippe a parlé de nous lors de sa déclaration de politique générale le 12 juin : « urgence écologique, comme le crient les jeunes Français à l’encontre des gouvernements et des entreprises qui n’en font pas assez », dit-il dans les premières phrases de sa prise de parole. Belle remise en question pour le premier ministre, qui, tout au long de son discours, a appelé à consacrer « les douzes prochains mois [à] l’accélération écologique », annonçant sa volonté « d’en finir » avec la (non-)politique écologique menée lors de “l’acte I” du quinquennat. La raison de cette brusque “rupture” ? « J’ai mis du temps […], à considérer que ces enjeux étaient aussi urgents que la défense de l’emploi ou la sécurité. » Mais le premier ministre a-t-il réellement compris l’urgence du dérèglement climatique et les mesures annoncées sont-elles à la hauteur pour y faire face ?

« “Accélération écologique”, c’est déjà un peu étrange de le dire comme ça, car en réalité, on n’a pas commencé. l’année 2018, a été, à l’échelle mondiale, la pire de l’histoire de l’humanité en terme d’émissions de CO2 ; donc donner l’impression qu’on est dans la bonne direction mais qu’il faut accélérer est un mensonge », estime Aurélien Barreau, astrophysicien et philosophe – notamment auteur en 2018 d’une tribune qui demande un sursaut écologique -, sur le plateau de 28 minutes, émission d’Arte. Il rappelle par ailleurs que cet engagement écologique a été promis en leurs temps par Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy.

Le premier ministre a divisé son “plan de bataille ” en deux grandes parties : la diminution du gaspillage et remise à plat des aides à la rénovation énergétique. « J’ai annoncé notre volonté d’en finir avec cette pratique scandaleuse qui consiste à jeter ce qui ne peut être vendu », déclare le premier ministre. Dans sa ligne de mire, le plastique, qui sera désormais totalement recyclé – « nous fixons l’objectif de 100% de plastique recyclé […] et d’étudier la mise en place d’une consigne sur certains emballages »-, et qui sera supprimé des administrations.

     L’objectif du deuxième point est de reconstruire les aides à la rénovations qui « profitent aux plus riches », avec l’idée de mobiliser des fonds privés. Le premier ministre a par ailleurs rappelé sa volonté de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim « avant fin 2020 » et les 4 dernières centrales électriques à charbon d’ici 2022. L’objectif est de diminuer « la part du nucléaire à 50% d’ici 2035, avec le développement massif du renouvelable ». Augmentation de l’usage de l’éolien en mer et « nouvelle orientation [de la] politique hydroélectrique » seront au programme pour atteindre ce but. Le dernier point soulevé par le numéro 2 de l’exécutif est celui de l’alimentation. « Nous devons produire et manger mieux », pose-t-il. Pourtant, tout en soulignant l’efficacité très contestée du nutriscore et en appelant à réformer la Politique Agricole Commune (PAC), il n’a pas une seule fois parlé de l’agriculture biologique. Édouard Philippe a pour finir rappelé l’importance qu’il attache à deux nouvelles lois, qu’il souhaite voir votées d’ici les vacances parlementaires, qui commenceront le 30 juin.

     La première, c’est la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), qui porte des mesures fortes, comme l’interdiction de la vente en 2040 des voitures fonctionnant avec des énergies fossiles soit 97% des voitures aujourd’hui vendues. Cette mesure suscite la colère de certains syndicats, notamment FO qui craint la suppression de 340 000 emplois. La LOM va aussi obliger les loueu·r·ses de véhicules à renforcer leur flotte de voitures électriques. Iels devront louer 20% de voitures électriques en 2022. En outre, la LOM présente de nombreuses autres mesures dont le but est de faciliter la mobilité des Françai·ses, la gratuité du permis de conduire, l’ouverture à la concurence des lignes de bus de la RATP. Le deuxième projet de loi, qui concerne l’énergie et le climat, devant être une petite loi sans grande mesure écologique, a été transformé lors du travail en commission des député·es, à la suite du discours de politique générale d’Édouard Phillipe : il inscrit dans le du Code de l’énergie la volonté du gouvernement d’atteindre la neutralité carbone en 2050, comme le préconise le GIEC pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Les projets de loi de finance, qui définissent chaque année le budget de l’État devront désormais être accompagnés d’un rapport expliquant ses « incidences positives ou négative […] sur le réchauffement climatique ». Il fixe aussi les prérogatives du haut conseil pour le climat, composé de 12 scientifiques et acteurices de la transition écologique. Sera garanti dans la loi leur totale indépendance et l’interdiction aux lobbies d’agir auprès d’eux. Ce haut conseil sera chargé de publier chaque année plusieurs rapports, notamment sur « l’efficacité des politiques […] décidées par l’État et les collectivités territoriales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », les comparer avec celles des autres pays et réfléchit aux mesures qui pourraient êtres mises en oeuvre. Le projet de loi met aussi en place des mesures pour permettre aux salarié·es des centrales thermiques et nucléaires amenées à fermer de suivre des formations spéciales, une mesure pour tenter de rassurer les organisations syndicales de Fassenheim ou des dernières centrales à charbon. À partir de 2022, pour tenter d’éradiquer l’épineux problème des passoires thermiques (les logements consommant plus de 3 310 kilowattheures par mètre carré) un audit sur les travaux à faire pour réduire la consommation d’énergie devra être réalisé lors de la vente. Le gouvernement a refusé des mesures proposées par les député·es pour interdire après 2025 la location de ces habitats et pour financer les travaux de rénovation si le propriétaire n’est pas en mesure d’avancer l’argent. Le projet de loi énergie climat prévoit la simplification des procédures pour les projets d’énergies renouvelables. Il autorise aussi le gouvernement à transposer en droit français par ordonnances le contenu des lois européennes « Une énergie propre pour tou·tes les Européen·nes ». Ces mesures sont jugées insuffisantes pour permettre la neutralité carbone en 2050 par certains député·es, dont celleux du groupe écologiste de l’Assemblée.

Arshak Makyshian, le quotidien d’un militant Russe

Arshak Makichan, le quotidien d’un militant russe

Depuis le 15 mars, un jeune russe, Arshak Makichan, manifeste chaque vendredi à Moscou contre l’inaction climatique. Il a 24 ans et étudie le violon au conservatoire de musique. Nous avons eu l’honneur de pouvoir parler avec lui. Arshak nous raconte l’origine de sa mobilisation et son quotidien : « c’est au moment où Greta fait son appel à manifester que j’ai décidé de m’engager pour le climat. Avant, cela m’avait intéressé mais j’avais trop peur et j’étais occupé à jouer du violon. » Il a donc décidé de manifester chez lui, à Moscou. Mais, en Russie les rassemblements ne sont pas du tout vus de la même manière : ceux de plus de deux personnes sont interdits.

C’est pourquoi Arshak exprime son mécontentement par les piquets solitaires : il se tient debout, devant le monument de Pouchkine (au centre de la ville), sa pancarte exposée aux regards des passant·es ; certain·es, intrigé·es, vont parler avec lui, mais pas toujours pour le féliciter. Plusieurs l’accusent même de véhiculer de la propagande américaine. En effet, en Russie, beaucoup de gen·tes pensent que le réchauffement climatique est une fake-news (comme quoi, pas besoin de s’appeler Trump pour croire en cette folie), une idée inventée par les États-Unis : le régime en place passe sous silence cet enjeu, ce qui fait que peu de gen·tes y sont sensibilisé·es.

« La mobilisation n’est pas très forte dans mon pays, la plupart des gen·tes de mon âge ne sont pas sensibilisé·es du tout, iels ne savent même pas trier par exemple. » nous explique Arshak ; et les seul·es intéressé·es ont peur des représailles du gouvernement. « Mais nous sommes déjà un petit groupe, qui s’organise et se soutient. »

Un autre problème en Russie est la police : Arshak nous raconte que la police a essayé de l’intimider, par deux fois déjà. La première était lors d’une de ses grèves : « iels sont venu·es me voir et m’ont posé toutes sortes de questions insensées : qui me payait pour faire ça, etc. Iels ne répondaient pas à mes questions ; après, iels ont pris une photo de mon passeport et m’ont dit qu’iels allaient en parler avec les autorités. » La deuxième fois était dans le métro : les policier·es l’ont emmené dans une salle sans rien dire, iels ont appelé quelqu’un, puis l’ont relâché au bout de quelques minutes.

 

« Si elle le souhaite, la police peut monter de fausses accusations contre moi, mais pour l’instant, elle a jugé que c’était mieux de me laisser faire, grâce à ma couverture médiatique : ce serait vite relayé à l’international et cela donnerait une trop mauvaise image de la Russie. Malgré cela, je ne suis quand même pas trop rassuré : je suis exposé aux regards malveillants dans la rue et être seul n’est pas toujours facile. »


Théoriquement les manifestations ne sont pas interdites, en Russie, mais il faut une autorisation pour les faire (et si on fait une manifestation sauvage ce n’est pas comme en France, mais autrement plus dangereux). Le groupe d’étudiant·es qui organisait le 15 mars avait réussi à avoir l’autorisation : « Moi, je venais d’arriver dans le mouvement, j’ai juste suivi le groupe d’organisateurices. Nous étions à peu près 50, mais c’était une manifestation statique, nous étions tou·tes confiné·es dans un endroit entouré de barrières. Les passant·es ne pouvaient pas nous voir. » Mais le 24, la demande a été refusée, alors l’étudiant a manifesté selon sa méthode, en piquet.


Pour l’année prochaine, il y a beaucoup de projets ; « j’ai commencé à traduire le manifeste de Fridays For Future en russe avec l’aide d’autre organisations et personnes, pour que ce soit ouvert à tou·tes celleux qui ne sont pas à l’aise en anglais. » Arshak compte aussi préparer la grève mondiale, le 20 septembre et peut-être trouver d’autres étudiant·es russes pour manifester avec lui. Mais, cela ne peut que s’améliorer, après tout : iels sont de plus en plus à manifester !