Un gigantesque projet d’oléoduc menace la biodiversité, les ressources en eau et les populations de l’Afrique de l’Est

Les compagnies pétrolières Total Energies et China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) sont sur le point de construire le plus long oléoduc chauffé du monde, en plein cœur de l’Afrique.

S’étendant sur plus de 1 400 kilomètres, l’oléoduc East African Crude Oil Pipeline (EACOP) aura des conséquences désastreuses pour les populations locales, pour la faune et la flore sauvages et pour la planète entière : nous devons l’arrêter.

Le projet menace de déplacer des milliers de familles et d’agriculteurs de leurs terres. Il présente des risques importants pour les ressources en eau et les zones humides en Ouganda et en Tanzanie, notamment le bassin du lac Victoria, dont dépendent plus de 40 millions de personnes pour leur eau potable et leur production alimentaire.

L’oléoduc traverserait de nombreux points sensibles pour la biodiversité et risquerait de dégrader considérablement plusieurs réserves naturelles essentielles à la préservation des espèces menacées d’éléphants, de lions et de chimpanzés.

Bien sûr, brûler davantage de pétrole brut est la dernière chose dont notre planète a besoin !

Le pétrole transporté par l’EACOP générera plus de 34 millions de tonnes d’émissions de carbone chaque année. L’oléoduc exposera les écosystèmes critiques des régions enclavées d’Afrique centrale et orientale à l’exploitation commerciale du pétrole.

La construction d’un oléoduc massif en 2021, alors que le monde entier tente de se détourner de toute urgence des combustibles fossiles, n’a aucun sens, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan économique.

Les Ougandais et les autres pays voisins d’Afrique centrale et de l’Est ne devraient pas avoir à supporter le poids des industries polluantes et déficitaires d’hier. Ils devraient avoir la possibilité d’adopter l’énergie propre et renouvelable de l’avenir et tous les avantages qui en découlent.

La force économique viendra de la célébration de la richesse de la diversité, du patrimoine et de la nature de la région. Investir dans des industries durables comme le tourisme et dans des programmes de reforestation fournira plus d’emplois et une meilleure sécurité à long terme aux communautés locales que ne le ferait l’industrie pétrolière moribonde.

Ensemble, nous pouvons arrêter EACOP.

Total Energie projette la construction d’un oléoduc de pétrole brut de 1 445 kilomètres traversant de nombreux pays d’Afrique de l’Est. En effet près d’un tiers de l’Oléoduc traversera le bassin du plus grand lac du continent africain : le lac Victoria. Ce lac est situé entre l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. 40 millions de personnes dépendent de ce lac, que ce soit pour leur usage domestique mais aussi pour irriguer les fermes. L’oléoduc devrait aussi franchir plus de 200 rivières et traverser des milliers de fermes. En plus de traverser une zone sismique active, cet oléoduc n’est pas à l’abri de dommages accidentels, ou d’un mauvais entretien. Pour toutes ces raisons la probabilité d’une fuite est très élevée et peut mettre en péril des populations humaines entières. Total a la santé de 40 millions de personnes en main, ce n’est pas normal.

Plus de 100 000 personnes seront expulsées de force de leurs terres pour que ce projet voit le jour. Des terres agricoles dont des milliers de personnes dépendent pour vivre. Vous trouvez ça normal ? De plus, les communautés natives ayant déjà été déplacées font état d’un manque de transparence et de retard dans les indemnisations.

Total Energie semble minimiser l’impact que leur projet a sur la vie de ces milliers de personnes : insécurité alimentaire, impact sur la scolarité, etc. Ne parlons pas du sort réservé aux personnes qui résisteraient : intimidation, manipulation. Il leur est impossible de résister. Total Energies a la vie de 100 000 personnes en main.

L’oléoduc traversera de nombreuses niches écologiques, ce qui compromet la survie de nombreuses espèces pourtant protégées puisque vivant dans des parcs nationaux et diverses réserves.

Parmi les espèces impactées sont citées : le chimpanzé oriental (groupe d’espèces classé en danger d’extinction par l’IUCN), l’éléphant (populations classées en danger d’extinction en Ouganda et en Tanzanie par l’IUCN), le lion (populations classées vulnérables en Ouganda et en Tanzanie par l’IUCN), l’éland (populations classées vulnérable en Ouganda par l’IUCN), les petits koudous (populations classées près d’être menacées en Ouganda et Tanzanie par l’UICN), les buffles (populations classées près d’être menacées en Ouganda et Tanzanie par l’IUCN), les girafes (populations classées en danger en Ouganda par l’IUCN), les singes colobes rouges (populations classées en danger en Ouganda par l’IUCN). L’IUCN étant l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Non seulement ces espèces sont menacées, mais l’équilibre dont elles font partie risque de s’effondrer. C’est enfin sans parler de la fragmentation qu’une barrière de 1 445 km peut causer : lors de la construction, de nombreuses populations peuvent se retrouver séparées physiquement par ces gros tuyaux, accélérant l‘extinction… Total Energie projette de fragmenter des populations animales en danger d’extinction, ce n’est pas normal.

Carte des espaces naturels traversés par l'oléoduc EACOP

Carte des espaces naturels traversés par l’oléoduc EACOP (source : Rapport des Amis de la Terre, cliquer pour agrandir)

Couverture du Rapport des Amis de la Terre

Rapport des Amis de la Terre : Un Cauchemar Total

Site de l’ONG
Stop EACOP
(en anglais)

Couverture du rapport de Greenpeace et Reclaim FInance

Rapport de GP et RF sur les activités de Total

Article Ouest-France 15/09

Article dans Ouest-France du 15/09/2021

Agissez !

Soutenez les activistes des MAPA (Most Affected People and Areas) qui luttent sur place contre ce projet. Pour cela, envoyez-nous vos photos de pancartes : #STOPEACOP, #UprootTheSystem.

La loi Climat, une avancée à reculons

  La loi climat résilience a été adoptée en première lecture à l’assemblée nationale le 4 mai 2021. Ce texte est issu des travaux de la Convention Citoyenne pour le Climat, assemblée de 150 citoyen.nes tiré.es au sorts, décidée par le président de la république en avril 2019. Cette assemblée a alors pour objectif de définir une série de mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effets de serre d’au moins 40 % d’ici 2030. Emmanuel Macron s’était engagé à soumettre les 149 propositions des citoyen.nes « sans filtre » soit à un referendum, soit au vote des député.es. La loi climat a bien été adoptée, mais les mesures sont amoindries et ne permettent pas à la France de changer le système de consommation et le modes de vie des français.es assez rapidement pour espérer réduire de 40 % les émission de gaz.

Une initiative porteuse d’espoir :

Adopter une loi climat n’est pas un événement fréquent et dans un contexte de pandémie qui ne cesse de remettre en question nos modes de vie, et présenter une telle loi n’est pas anodin pour le gouvernement. On se souvient du discours d’Emmanuel Macron au sortir du premier confinement, nous exhortant à « bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience. » Des mots porteurs d’espoir, laissant les citoyen.es espérer un avenir plus vert, en accord avec les attentes climatiques et sociales. Un an plus tard, la loi climat est adoptée, censée concrétiser le discours politique. Il s’agit d’un projet qui présente « une écologie pratique, qui apporte des solutions simples dans le quotidien des français. », nous dit Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. Un projet de loi qui aurait pu ne pas voir le jour, il faut tout de même le noter, et qui s’impose, après plus de 100 heures de débat.

Quelle mesures ?

La loi Climat présente 5 volets : « consommer », « produire et travailler », « se déplacer », « se loger » et « se nourrir ». Plus concrètement, la loi s’attaque à des aspects de la vie quotidienne. On interdit par exemple la publicité pour les énergies fossiles, on limite les émissions aériennes pour favoriser le transport ferroviaire, avec une limitation des vols intérieurs lorsqu’une alternative de moins de 2h30 en train existe. On prévoit aussi une interdiction de vente des poids lourds utilisant majoritairement des énergies fossiles d’ici 2040. Au niveau de la polution induite par les logements, on prévoit un plan pour la rénovation des passoires énergétiques, et une interdiction de louer des logements classés F et G d’ici 2028.

Un résultat mitigé :

  Ces mesures étaient à prendre, et sont préférables à un statut quo. Mais avant de se réjouir, il faut regarder les chiffres et les conseils des scientifiques, alors on s’aperçoit que la loi climat est insuffisante, et sur plusieurs points. Une étude de BCG ( Boston Consulting Group, cabinet international de conseil en stratégie.)  montre que les émissions en France sont en baisse depuis 1990, ainsi 50 % de l’objectif a été atteint, la date de fin étant en 2030. Mais puisque nous sommes en 2021, cela veut dire qu’il nous reste 9 années pour parcourir l’autre moitié du chemin. L’étude montre que le projet de loi est à la hauteur de l’objectif de 2030, seulement si les lois sont appliquées intégralement.
  Il nous est permis de douter de l’application certaine des lois, au vu du contexte économique difficile qui pousserait le gouvernement à privilégier des mesures de court terme au détriment de mesures peut être moins populaires et plus douloureuses à faire appliquer, mais pourtant nécessaires pour garantir un avenir stable. Si la loi était parfaitement appliquée, alors nous réduirions de 40 % nos émissions de gazs à effets de serre. Est-ce suffisant lorsque l’on voit que l’Europe s’est donné un objectif de -55 % d’émissions de gaz à effet de serre pour 2030 ? De toute évidence non, et si nous réussissions à atteindre 40 % d’émissions en moins, ce ne serait pas suffisant pour limiter les effets du changement climatique.
  Un autre problème que pose cette loi : le non respect du travail de la convention citoyenne pour le climat. En effet, le président s’était engagé à transmettre les propositions des 150 sans filtre. On voit aujourd’hui que seulement 10 % des propositions de la convention ont été reprises telles quelles. Cela signifie que le gouvernement refuse de donner une chance aux propositions étudiées par les citoyen.es durant 9 mois, en concertation avec les scientifiques. La loi climat s’inspire du reste des propositions mais leur contenu est amenuisé. Un des exemples les plus flagrants ; pour les voitures de plus de 1,4 tonnes, la convention proposait d’imposer un malus de 10 euros par kilogramme. Le gouvernement a modifié cette mesure en imposant un malus seulement à partir de 1,8 tonnes. Ceci change la donne car les voitures de 1,8 tonnes ne représentent que 1,74 % des voitures françaises, là où les véhicules de 1,4 tonnes représentent 26 %. L’impact n’est donc manifestement pas le même.
  De même, pour la rénovation des passoires énergétiques, qui est un des leviers majeurs de la transition, le logement émettant beaucoup de gaz à effets de serre, la loi considère que passer du classement G ( le pire) à deux échelons au dessus, c’est à dire E, équivaut à une rénovation suffisante. Le classement E reste bas, et le logement consomme toujours trop d’énergie pour baisser de manière notable les émissions de gaz à effets de serre.

Un problème démocratique :

  Si la convention citoyenne fut un exercice démocratique inédit, le résultat n’est pas satisfaisant. En refusant lui même les propositions d’une assemblée qu’il avait décidé, le président a décrédibilisé sa parole, faisant de sa promesse du « sans filtre » l’exemple type d’une parole politique non respectée.  Si nous nous désintéressons de la politique, c’est en partie car nous perdons confiance en la parole de nos élus, d’autant plus lorsqu’il s’agit de sujets d’envergure, où la négociation ne peut exister, car les chiffres sont les chiffres, et le temps nous est compté. Bien sûr, des propositions ambitieuses ne sont pas faciles à faire accepter par l’ensemble de la population car cela demande concessions et sacrifices. De plus, le gouvernement doit faire face aux atermoiements de la Haute Administration et à l’action des lobbies qui ne manquent pas de défendre leurs intérêts privés. Il s’agit là aussi d’un problème démocratique puisqu’une partie de ceux qui nous gouvernent agit dans l’impunité et empêche les attentes des citoyen.es d’être réalisées.
  Mais si nous voulons garder une chance de rester sous la barre des 2 degrés, ( les 1,5 degrés de l’accord de Paris étant déjà hors d’atteinte) l’action est nécessaire maintenant, et l’engagement des politiques, plus que leurs paroles, le sont tout autant. Avec la loi climat, il y a certe une avancée, mais elle s’accompagne d’une désagréable impression d’une « remise à plus tard » des véritables changements de la part du gouvernement. Ici, on se contente d’ajuster les normes existantes, sans  prendre les défis à bras le corps. Des revirements globaux vers la sobriété sont attendus, (cela requiert des investissements plus massifs que ceux présentés par la loi) si nous voulons décarboniser nos modes de vie. Dans une démocratie représentative, les élu.es se doivent de traduire en actes les attentes des citoyen.es. Les citoyen.es sont de plus en plus conscients de l’urgence climatique et il est anormal qu’il y ait un tel décalage entre les changements radicaux attendus par la population consciente des défis climatique et l’action politique, qui n’est décidément pas à la hauteur.

L’erreur Temps

     7 ans. Voilà le nombre d’années que l’horloge installée à New York fin 2020 donnait à l’Humanité avant de dépasser son budget carbone, au-delà duquel la température moyenne du globe dépasserait les 1,5 degrés. Si ce chiffre alarme, il pose aussi la question de notre rapport au temps. Le temps est intouchable mais il organise notre vie, au rythme du tic-tac des horloges. Nous nous remettons à lui pour les réunions, les entretiens, les échéances. Nous avons même un emploi du temps, pour l’utiliser de la meilleure façon qui soit. Respecter les horaires. Lever 6h, coucher 23h. Mais pour ce qui est de l’horloge climatique, respectons-nous les échéances ? Quel est notre rapport au temps lorsqu’il est question du climat ? S’il nous reste si peu de temps pour effectuer un virage à 180 degrés, depuis combien de temps savions-nous qu’il fallait agir? En 1972, le rapport Meadows paraît, et rend compte pour la première fois au grand public du grand incendie vers lequel nous nous dirigeons, des limites planétaires que nous dépasserons et de l’urgence d’agir.
Cela fait 50 ans que les scientifiques nous avertissent. Imaginerions nous un·e salarié·e qui arriverait le matin avec 50 ans de retard ?

     Si les causes de notre inertie climatique sont multiples, depuis notre anthropocentrisme jusqu’à la course effrénée vers la croissance, notre rapport au temps pose aussi problème. Le temps régit notre vie, et la façon dont nous nous projetons. Il définit nos choix, et donne du sens à ce que nous faisons dans le présent. Un·e étudiant·e ne passerait pas 20 ans de sa vie assis·e sur une chaise s’iel ne pouvait espérer trouver un travail plus tard. Dans tout ce que nous entreprenons, il est question de temps. Combien de temps vais-je mettre pour atteindre mon objectif ? Vais-je profiter de ma situation longtemps ? Combien de temps cela me prend au quotidien ?

     Les dynamiques de l’économie mondiale fonctionnent en se remettant au temps. Tout ce que l’on entreprend est calculé. Si nous investissons dans une filière, cela est censé nous rapporter de l’argent dans les années à venir. D’une certaine façon, nous spéculons sur le temps. Tout ceci est peut-être le reflet de notre propre perception du temps. En effet, nous privilégions le court terme au long terme, et nous voici capables de brûler des forêts qui grandissent depuis des siècles, des hydrocarbures qui ont mis des millénaires à se former. En quelques dizaines d’années, nous extrayons, vendons, consommons les ressources planétaires parce que cela nous permet de mieux vivre dans une vision du court terme. La Russie a vu le niveau de vie de ses habitants·es s’améliorer en quelques années depuis que son économie se tourne vers la vente d’hydrocarbures. C’est vrai, l’exploitation des ressources enrichit les humain·es mieux et plus rapidement que jamais.

     Dans la dynamique d’exploitation des ressources, le temps semble se rétracter. Le long fil auquel nous pensons lorsque nous tentons d’imaginer le temps se densifie, parce qu’au temps nous accordons une valeur marchande. Le temps paraît plus productif lorsqu’il apporte la richesse. Ainsi le temps nous semble scindé. Scindé entre la deuxième moitié du XXème siècle qui marque l’emballement des rejets de gaz à effets de serre (cf: fig 1-3, chap 1 édition de 2004 rapport Meadows), et le moment où les effets du réchauffement climatique commencent à se faire sentir, dans le début du XXIème siècle. Nous avons fractionné le temps comme si ce dans quoi nos ancien·nes s’étaient lancé·es par le passé ne toucherait jamais les générations futures. Nous avons perçu le temps comme une ligne faite de plusieurs événements indépendants les uns des autres, à savoir la vie des ancien·nes, et puis celle que l’on retrouverait un peu plus loin, la vie des nouvelleaux.

La persistance de la mémoire, Salvador Dali

     Pour comprendre cette erreur, L’Essai sur les données immédiates de la conscience d’Henri Bergson peut nous aider. Là où notre conscience perçoit le temps comme une ligne, le philosophe montre qu’il s’agit d’une image biaisée. Le temps perçu par les humain·es n’est qu’une perception subjective. Pour Bergson, le temps doit être conçu comme une unité indivisible, de sorte que ce qui a été fait par le passé est partie prenante du présent et du futur. Le passé, présent et futur ne sont qu’un même point, là où nous avons tendance à les séparer en plusieurs points, répartis sur une même ligne. En tant que femme je ne pourrais pas voter si le vote n’avait pas été accordé aux femmes en 1944. Le passé fait donc partie du présent. Chacun·e porte en ellui une partie du passé. Si l’on veut mieux saisir l’enjeu contemporain, on peut prendre la métaphore de la mélodie. Lorsque l’on écoute une mélodie jouée au piano par exemple, aucune des notes ne se détache distinctement. Nous écoutons le son dans son entièreté car il s’agit d’une harmonie. Il s’agit de penser de la même manière pour le temps. Le temps est fait d’événements précis, mais indissociables les uns des autres. L’erreur que nous avons faite a été de détacher les notes. Nos ancien·nes se sont lancé·es dans un solo effréné, et ont engendré une fracture temporelle et intergénérationnelle. Les notes ont sonné faux, le temps n’a été perçu qu’au présent, la mélodie n’est plus qu’une immense discorde et aujourd’hui on a grand peine à rassembler les morceaux. Nous avons du mal à arrêter ce solo qui se désolidarise du futur.

     Nos ancien·nes ont peut-être été amené·es à consommer les ressources planétaires car le temps leur paraissait linéaire. Aujourd’hui la théorie de Bergson est prouvée, car l’improvisation dans laquelle se sont lancées les générations d’avant se répercute sur les générations présentes. Les formidables voitures d’avant polluent l’air de maintenant, la production en masse de viande brûle les forêts d’aujourd’hui. Tout ce qui a été fait par le passé se répercute dans le futur, parce que le temps ne se coupe pas en deux, il englobe toutes les générations. Notre inertie qui nous a fait accumuler ces 50 ans de retard a peut-être pour cause notre perception hallucinée du temps, celui qu’il nous restait pour agir, et celui qui nous a filé entre les doigts. Notre façon de voir le temps doit changer, pour que nous vivions le temps comme une expérience infinie et de liberté, envers nous même et envers le futur. Que ce que nous faisons aujourd’hui ne soit pas un événement qui se détache de l’ensemble mais une partie de ce point uni qu’est le temps. Nous sommes déjà le lendemain, et aucun.e de nous ne souhaite perpétuer ce solo destructeur.

La liberté d’expression

     L’heure est grave. Les fondements de notre démocratie sont menacés par un groupuscule extrémiste qui ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts. Sans humour, dénués de toute tolérance, n’hésitant pas à mettre femmes et hommes en danger au nom de leur idéologie déconnectée de la réalité, vous aurez bien entendu reconnu dans cette description tous les hommes politiques et créatures de plateau télé aux valeurs politiques orientées à droite !

     Comment ? Ce n’est pas ce que vous avez l’habitude de lire ou d’entendre ? Dans cet article, on va dissiper leurs mensonges, en s’intéressant à quelques cas emblématiques qui permettent de mettre en valeur leur coupable duplicité.

Niala ou la culture oppressive

TW racisme et sexisme

C’est pourtant une règle d’or de la communication : ne pensez pas que l’autre vous a mal compris, pensez que c’est vous qui vous êtes mal exprimé (un comic à ce sujet pour les anglophones). On pourrait supposer, pourtant, que personne n’est mieux placé pour parler du racisme d’une œuvre qu’une personne racisée ; que personne n’est mieux placé pour parler du sexisme d’une œuvre qu’une femme. Pourtant, ça n’arrête pas les auteurs, la maison Glénat et certains journalistes – des hommes blancs, globalement – qui nous expliquent gentiment que les gens qui s’affolent n’ont rien compris à leur œuvre ; à vous de voir si réduire une femme noire à une dimension sexuelle, en rapprochant son comportement des singes et en la faisant avoir des relations sexuelles avec des adolescents, ce ne serait pas plus criminel qu’autre chose. Vous trouverez un bon article à ce sujet sur aufeminin.com.

Sciences-Po Grenoble, surdité sélective

Un autre exemple, c’est le cas de Science-Po Grenoble. A la lecture d’articles sur le sujet (par exemple, celui de FrancetvInfo, qui pourtant n’est pas le plus partial) on a l’impression d’une réaction à minima disproportionnée. Pourtant, si on écoute par exemple l’interview du président de l’Union Syndicale Sciences-Po Grenoble réalisée par Ouvrez les guillemets, on apprend que le conflit a été rendu public par les professeurs ; dans le contexte de chasse aux prétendus islamogauchistes lancée par notre bien-aimée ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, cela ne pouvait que dégénérer.

Cette dernière, par ailleurs, a déclaré au micro d’Europe 1 que « traiter quelqu’un d’islamophobe peut tuer ». En omettant un fait simple – le fait que ce soit les professeurs qui aient diffusé le conflit et non le syndicat – on a pu voir la presse et tous les politiciens opportunistes se saisir de l’occasion pour faire le lien avec l’assassinat de Samuel Paty et avoir leur quart d’heure de gloire. 

Soyons clairs : la stigmatisation permanente de l’Islam et des musulmans, portée en plus haut lieu par le club des cinq des fascistes, nommément Castex-Darmanin-Vidal-Blanquer-Schiappa, tue bien plus que l’accusation d’islamophobie. Par ailleurs, ces pompiers pyromanes prétendent défendre une liberté d’expression qu’ils ne font qu’assaillir : leur réel but n’est en réalité que de défendre la légitimité de celleux qui les arrangent en portant la bonne parole conservatrice, ce que confirme leur soudaine aphasie lorsque 600 enseignants chercheurs sont affichés sur un site d’extrême droite pour avoir signé une tribune.

Conséquences de l’immunité policière, le cas lyonnais

Deux sujets parallèles à Lyon, qui participent d’un même phénomène : les émeutes de la Duchère et la polémique (pour une fois pas nationale) provoquée par le tweet d’une élue.

Absence de vidéosurveillance selon Laurent Wauquiez (rien de tel qu’une caméra pour défendre une voiture d’une agression), la conséquence d’une lutte active contre le trafic de drogue selon Darmanin, ou bien l’expression d’une colère populaire contre un arbitraire policier permanent (selon le directeur de recherche CNRS à Sciences Po Grenoble) et défendu en haut lieu par ces mêmes individus ? On vous laisse répondre à cette question, mais attention : choisissez la bonne !

Comme nous le montre la seconde polémique, dire la vérité vis-à-vis de la police, c’est s’exposer à un raz-de-marée d’accusations et de désaveux de la part de son propre camp.

En effet, face à une institution qui diffuse des messages rappelant qu’ « envoyer un nude, c’est prendre le risque de voir la photo partagée », composée en partie d’individus rentrés pour lutter contre le terrorisme (comme le rappelle un brigadier dans cet article de Mediapart), tendant vers l’extrême droite (la même qui déplore la perte du patriarcat), on peut légitimement parler de culture du viol. Ce qui n’a, rappelons-le, rien à voir avec le fait de prendre tous les policier.ères pour des violeurs. Cependant, la vérité n’est pas l’amie des syndicats de police, qui font oublier leurs compromissions avec leurs patrons par une défense cynique et acharnée des actions les plus abjectes de leurs membres.

En conclusion…

Qu’en dire ? La liberté d’expression qui serait menacée selon certains par islamogauchistes, terroristes et dealers de cannabis (les trois catégories étant interchangeables dans leur pensée, les militants non racisés n’en faisant jamais partie que de façon passagère) n’est en réalité menacée que par l’inertie d’une élite conservatrice pour partie journalistique et pour partie politique, qui exploite mensonges et approximations pour faire passer les victimes pour des criminels et l’inverse.

L’IVG en Pologne

En Europe, la Pologne est depuis des années un des pays les plus restrictif sur le sujet de l’avortement. Récemment la loi a été revue. Faisons d’abord un petit point histoire :

 La libéralisation du droit à l’avortement a eu lieu durant la période communiste, plus précisément le 27 avril 1956. À ce moment-là, un avortement était autorisé dans 3 cas :
 – une grossesse mettant la santé de la mère en danger
 – une malformation du fœtus
 – une grossesse résultant d’un viol ou d’inceste
 Puis a été institué ensuite un 4ème cas tenant compte des conditions socio-économiques difficiles telles qu’une famille monoparentale, pas ou peu de revenus, une situation de pauvreté générale.

 

En 1989 le régime communiste prend fin en Pologne. Quelques années après, en 1993 le droit à l’avortement régresse. Les conditions socio-économiques ne sont plus un critère suffisant pour accéder à l’avortement et les trois autres conditions sont durcies afin d’en limiter l’accès

 

C’est en 2016 que la question du droit à l’avortement revient au cœur des débats : le projet de réforme souhaite que le droit à l’avortement ne concerne que les femmes qui sont mises en danger par leur grossesse et punir les autres cas où il y pratique de l’avortement de 5 ans de prison. D’intenses protestations empêchent la loi de passer.

 

En 2018, une nouvelle réforme tente de supprimer le motif légal pour grave malformation du fœtus mais c’est aussi un échec.

 

En 2020, le conseil constitutionnel polonais émet, sous l’égide du parti ultra catholique au pouvoir « Droit et justice » ou PiS, un arrêt stipulant que les IVG, même dans le cas d’une malformation grave et irréversible du fœtus, d’une maladie incurable ou potentiellement mortelle, sont inconstitutionnelles.

C’est le début d’une grande vague de manifestations en Pologne. Des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues. Il s’agit des mobilisations les plus importantes depuis la chute du communisme.

Cette loi est vue comme une déclaration de guerre, une nouvelle possibilité pour le gouvernement de faire régner la terreur en Pologne.

Pour les manifestant·es il ne s’agit pas seulement d’une lutte pour l’avortement mais d’une lutte pour la liberté. La liberté de faire ses choix pour son corps. Des symboles très forts sont utilisés dans ces manifestations : « Mon corps, mon choix », « Every woman is a riot » (chaque femme est une révolte), ou encore « j’aimerais avorter de mon gouvernement ». L’éclair rouge brandi par les féministes incarne la lutte pour l’avortement

Par ailleurs, les militant·es, en réaction à l’église catholique très puissante en Pologne et un des acteurs principaux dans la lutte du gouvernement pour la suppression du droit à l’avortement, n’hésitent pas à recourir à l’apostasie. Cet acte consiste au reniement public de sa foi catholique en annulant son baptême afin d’être supprimé·e définitivement des registres de l’église catholique.

Autre élément symbolique : le cintre, alors utilisé par certaines femmes pour mettre un terme à leur grossesse de manière clandestine par manque de moyens financiers ou par souci de discrétion, les restrictions étant déjà très fortes. Des femmes choisissent également de se rendre à l’étranger dans les pays limitrophes comme l’Allemagne ou la Slovaquie. D’autres encore se procurent des pilules abortives par internet ou sur le marché noir.
 En Pologne certaines cliniques privées proposent des avortements illégaux. Ces pratiques clandestines, en plus des dangers judiciaires, comportent de grands dangers médicaux.

En 2013, une étude montre que 80 000 à 150 000 femmes polonaise choisissent de mettre un terme à leur avortement tous les ans, tandis que les chiffres officiels tournent autour de 1000 avortements légaux pratiqué par an. De plus, en 2019, 98% des avortements légaux étaient liés à une malformation du fœtus, la condition vouée à être supprimée dans les nouveaux textes.

Après les manifestations d’octobre, le décret est retiré… mais pour peu de temps : il est de nouveau appliqué le 27 janvier, réduisant définitivement les possibilités d’avortement aux cas de viol, d’inceste et de danger mortel pour la santé de la mère.
 La présidence polonaise a exprimé sa satisfaction quant au jugement prononcé. Les mobilisations reviennent. Les femmes sont moins nombreuses dans la rue mais tout aussi déterminées.

Ce qui ressort le plus dans les propos des militant·es recueillis par Euronews est la douleur de se battre non seulement pour les droits des femmes mais surtout pour « les droits de tous ».

Une manifestante déclare ainsi :

« Il y a presque quarante ans, nos parents et grands-parents ont manifesté dans ces mêmes rues et se sont battus pour la liberté et c’est très douloureux que notre génération doive faire la même chose, après tant d’années »

Magdalena Schejbal

actrice et manifestante

Les manifestations ont dépassé les frontières polonaises et suscité des réactions, émotions, au niveau international. La présidente d’Amnesty International Polska s’exprime dans un communiqué : « Tenter de passer ces lois dangereusement régressives à n’importe quel moment serait une honte, mais d’en précipiter l’examen sous couvert de la crise liée au Covid-19 est impensable. Elles vont non seulement menacer la santé et la vie de femmes et de filles, mais aussi empêcher les jeunes d’accéder à l’information dont ils ont besoin pour avoir des relations sexuelles saines. »

 

À l’échelle de Youth for Climate France, nous nous indignons qu’une telle loi soit appliquée dans un pays de l’Union Européenne sans qu’aucune mesure ne soit prise à son encontre. Ce silence, cette absence de réaction sont un laisser-passer vers un bafouement croissant des droits de l’Homme et vers une montée du conservatisme. Nous demandons instamment à l’Union Européenne, la Cour Européenne des droits de l’Homme de faire respecter la convention ratifiée par ses membres, ses signataires dont la Pologne fait partie. Pour finir, il est de notre devoir de nous rappeler, comme le plaidait Simone Veil en 1974 devant l’Assemblée Nationale française, qu’“Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement (…). C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. ”

Podcast : I am Greta, un portrait en immersion

Affiche du film "I am Greta" : un portrait en immersion

Elle est un phénomène. 

Devenue en quelques mois l’icône d’une génération, elle est peu à peu devenue la porte-parole de milliers de jeunes à travers le monde, tous engagés pour un futur meilleur.

Mais, derrière le personnage public, qui est Greta Thunberg

Comment le cinéma peut-il aborder la question climatique et ses conséquences ?

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