Aachen : Grève et action directe

Aachen : Grève et action directe

#AC2106

Pourquoi ce hashtag, me diriez-vous ? C’est tout simple, il représente les 2 manifestations ayant eu lieu à Aix-la-Chapelle et le long de la mine de Garzweiler II.

Vendredi, près de 40 000 personnes de 16 nationalités ont relié différents points (la Gare Centrale, un parc, et l’université de la ville, mais aussi à vélo des Pays-Bas voisins) au stade Tivoli au nord d’Aix-la-Chapelle. Durant la manifestation ont résonné les slogans comme « on est là, on est bruyant, car ils nous volent l’avenir » ou encore « Charbon stop ; protection du climat ; l’Hambi [forêt menacée] reste ». Au bout de la manifestation, alternaient groupes de musique et intervenants venant de partout dans le monde (Allemands mais aussi indiens et philippins). Du côté français, Cyril Dion, réalisateur du film Demain et Robin Jullian, de Grenoble se sont exprimés. Le soir, un concert est donné par le groupe BrassRiot près du lieu d’hébergement, un parking renommé pour l’occasion en « Parkhotel ». Il a accueilli au total près de 2 750 personnes !

Le samedi, une seconde manifestation a eu lieu le long de la mine jusqu’au village de Kayenberg, situé à moins d’un kilomètre de la mine de lignite. Elle aura rassemblé 8 000 personnes ! Dans le même temps les militants d’Ende Gelände (environ 6 000) entraient pacifiquement sur la mine de Garzweiler II pour protester contre les agrandissements de mine RWE prévus, qui détruiraient plusieurs villages et la forêt de Hambach située proche de la mine du même nom à quelques kilomètres du lieu de la manifestation. Ces manifestations auront fait d’Aix-la-Chapelle la capitale du mouvement écologiste pour quelques jours !

Témoignage

Je m’appelle Zoé, j’ai 18 ans, je suis à Youth For Climate Lyon et ce weekend j’ai fait plusieurs actions de lutte climatique en Allemagne.

Le 21 juin je suis allée à Aix la chapelle pour la marche européenne organisée par le mouvement Fridays For Future, qui a rassemblé 16 autres pays et 40 000 personnes ! Ce fut vraiment impressionnant de voir autant de jeunes engagés pour le climat et une si grande détermination et énergie.

Mais ce qui a été le plus marquant pour moi fut l’action organisée par Ende Gelände contre l’exploitation du charbon, qui en plus d’être l’une des plus grandes sources de C02 en Europe menace la forêt et les villages environnant les différentes mines.

Samedi j’ai donc réussi à rentrer dans la mine de Garzweiler avec un groupe de 2000 personnes. Ce fut une action en même temps poignante et effrayante. Dans un premier temps lorsque je me suis retrouvée face à cette immensité sans vie, comme un paysage lunaire où tout a été détruit, je me suis réellement rendue compte du désastre. Puis il a fallu passer plusieurs barrages de policiers, courir pour descendre dans la mine et tenir bon malgré la chaleur épuisante et la pression des forces de police commençant à nous déloger.

Grâce aux différents groupes, la mine et les rails d’acheminement sont restés bloqués pendant 48h.

Malgré l’euphorie de l’action de masse, tous les moments de partage avec les autres activistes et l’impression d’avoir œuvré pour la planète, je n’oublie pas qu’il ne s’agit que d’une action ponctuelle et que nous avons encore beaucoup de travail dans la lutte climatique.

Il faut maintenant aller plus loin que de simples manifestations et arrêter de seulement parler des « générations futures » en repoussant toujours le problème car l’urgence est bien réelle et elle nous concerne déjà toutes et tous. La désobéissance civile doit se faire de plus en plus en repensant la balance entre le légal et le légitime : ici bloquer la mine était illégal mais totalement légitime si l’on considère qu’il s’agit d’une menace environnementale. Nous devons conti­nuer à nous unir face à l’urgence climatique, le mou­vement ne fait que com­mencer !

Merci à @_stephanemeyer_ pour les photos

Arshak Makyshian, le quotidien d’un militant Russe

Arshak Makichan, le quotidien d’un militant russe

Depuis le 15 mars, un jeune russe, Arshak Makichan, manifeste chaque vendredi à Moscou contre l’inaction climatique. Il a 24 ans et étudie le violon au conservatoire de musique. Nous avons eu l’honneur de pouvoir parler avec lui. Arshak nous raconte l’origine de sa mobilisation et son quotidien : « c’est au moment où Greta fait son appel à manifester que j’ai décidé de m’engager pour le climat. Avant, cela m’avait intéressé mais j’avais trop peur et j’étais occupé à jouer du violon. » Il a donc décidé de manifester chez lui, à Moscou. Mais, en Russie les rassemblements ne sont pas du tout vus de la même manière : ceux de plus de deux personnes sont interdits.

C’est pourquoi Arshak exprime son mécontentement par les piquets solitaires : il se tient debout, devant le monument de Pouchkine (au centre de la ville), sa pancarte exposée aux regards des passant·es ; certain·es, intrigé·es, vont parler avec lui, mais pas toujours pour le féliciter. Plusieurs l’accusent même de véhiculer de la propagande américaine. En effet, en Russie, beaucoup de gen·tes pensent que le réchauffement climatique est une fake-news (comme quoi, pas besoin de s’appeler Trump pour croire en cette folie), une idée inventée par les États-Unis : le régime en place passe sous silence cet enjeu, ce qui fait que peu de gen·tes y sont sensibilisé·es.

« La mobilisation n’est pas très forte dans mon pays, la plupart des gen·tes de mon âge ne sont pas sensibilisé·es du tout, iels ne savent même pas trier par exemple. » nous explique Arshak ; et les seul·es intéressé·es ont peur des représailles du gouvernement. « Mais nous sommes déjà un petit groupe, qui s’organise et se soutient. »

Un autre problème en Russie est la police : Arshak nous raconte que la police a essayé de l’intimider, par deux fois déjà. La première était lors d’une de ses grèves : « iels sont venu·es me voir et m’ont posé toutes sortes de questions insensées : qui me payait pour faire ça, etc. Iels ne répondaient pas à mes questions ; après, iels ont pris une photo de mon passeport et m’ont dit qu’iels allaient en parler avec les autorités. » La deuxième fois était dans le métro : les policier·es l’ont emmené dans une salle sans rien dire, iels ont appelé quelqu’un, puis l’ont relâché au bout de quelques minutes.

 

« Si elle le souhaite, la police peut monter de fausses accusations contre moi, mais pour l’instant, elle a jugé que c’était mieux de me laisser faire, grâce à ma couverture médiatique : ce serait vite relayé à l’international et cela donnerait une trop mauvaise image de la Russie. Malgré cela, je ne suis quand même pas trop rassuré : je suis exposé aux regards malveillants dans la rue et être seul n’est pas toujours facile. »


Théoriquement les manifestations ne sont pas interdites, en Russie, mais il faut une autorisation pour les faire (et si on fait une manifestation sauvage ce n’est pas comme en France, mais autrement plus dangereux). Le groupe d’étudiant·es qui organisait le 15 mars avait réussi à avoir l’autorisation : « Moi, je venais d’arriver dans le mouvement, j’ai juste suivi le groupe d’organisateurices. Nous étions à peu près 50, mais c’était une manifestation statique, nous étions tou·tes confiné·es dans un endroit entouré de barrières. Les passant·es ne pouvaient pas nous voir. » Mais le 24, la demande a été refusée, alors l’étudiant a manifesté selon sa méthode, en piquet.


Pour l’année prochaine, il y a beaucoup de projets ; « j’ai commencé à traduire le manifeste de Fridays For Future en russe avec l’aide d’autre organisations et personnes, pour que ce soit ouvert à tou·tes celleux qui ne sont pas à l’aise en anglais. » Arshak compte aussi préparer la grève mondiale, le 20 septembre et peut-être trouver d’autres étudiant·es russes pour manifester avec lui. Mais, cela ne peut que s’améliorer, après tout : iels sont de plus en plus à manifester !