Procès Climatique : deux militants menés en justice par un État climaticide

Ce jeudi 16 Janvier, Antoine Piron, jeune activiste Youth for Climate de 18 ans et Amaury, activiste chez Extinction Rébellion se présenteront à une composition pénale. Un rassemblement de soutien est prévu à 16H30 à la Cité Judiciaire de Rennes. Nous dénonçons l’attaque en justice par l’État d’un jeune qui, par la désobéissance civile a tenté de revendiquer son droit à l’avenir. La désobéissance civile est aujourd’hui une nécessité, car le changement climatique n’attendra pas l’action de l’État pour agir. Alors que l’État reste enfermé dans la répression, nous passons à l’action.

Ce Jeudi 16 Janvier, Antoine Piron, jeune activiste Youth for Climate de 18 ans et Amaury, militant chez Extinction Rébellion passeront comparaîtront au Tribunal de Grande Instance de Rennes, à la suite d’actions de protestation menées en France le Vendredi 29 Novembre contre le Black Friday.

Ces opérations de « Block Friday » avaient pris forme dans le cadre d’une campagne nationale de Youth for Climate visant à dénoncer l’appel à la surconsommation dont cette journée est le paroxisme : notre système économique basé sur la croissance infinie encourage les citoyens à consommer toujours plus, et toujours de moins bonne qualité, engendrant ainsi un phénomène de surproduction et de production du besoin. Vous trouverez en cliquant sur ce lien le communiqué de presse national concernant le Block Friday.
À Rennes, cette journée s’est traduite par un blocage d’un lieu symbolique de la surproduction : les Galeries Lafayette. Les collectifs citoyens Extinction Rébellion, ANV COP21 et Youth for Climate ont appelé à une action de désobéissance civile qui visait à entraver le déroulement d’une journée comme celle-ci, qui n’est plus en phase avec les réalités écologiques et sociales.

“Il est plus que temps de changer radicalement de modèle. On ne peut plus avoir d’œillères et continuer de consommer alors que la planète meurt.”
Jeune militante présente sur les lieux du blocage.

C’est lors de ce blocage qu’Antoine Piron a été arrêté en compagnie d’Amaury. Ses chefs d’accusation, « Participation sans armes à un attroupement après sommation de la police » et « Rébellion », témoignent de son action. Il était « sans armes », respectant ainsi un principe non-violent qui ne fait que renforcer sa détermination à construire un monde pour tous, et non contre d’autres. Il se rebellait face à un système qui privilégie toujours la croissance économique qu’elle qu’en soit le prix. Qui détruit notre planète et notre société, creusant des inégalités toujours plus importantes et en créant de nouvelles. Car ce ne sont pas les riches pollueurs, qui subissent dès aujourd’hui les conséquences du réchauffement climatique. Ce sont les habitants des pays les plus pauvres qui essayent de faire face à des catastrophes naturelles toujours plus violentes avec des moyens toujours plus réduits. Aussi réduits que leur voix face au géants de la finance et aux multinationales.

Alors les deux activistes ont cherché un moyen de s’exprimer. Un moyen de réagir face à la crise sociale, écologique et démocratique à laquelle nous faisons face. Son acte, désobéissant, doit être « interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple ». Car comme l’a dit le juge en charge de l’affaire des décrochages de portrait d’E. Macron à Lyon, juste avant de prononcer la relaxe des inculpés, « le mode d’expression des citoyens en pays démocratique ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique »¹.

Face à un État qui préfère la répression à l’action, nous ne nous laisserons pas faire et demandons la compréhension qu’a su avoir le juge Lyonnais le 2 Septembre dernier. La désobéissance civile est aujourd’hui nécessaire face à un État destructeur et sourd.

En soutien aux deux prévenus, un rassemblement est prévu à la Cité Judiciaire de Rennes à 16H30. Celui-ci dénoncera ce passage en justice incohérent. Nous sommes la nature qui se défend. La nature n’attendra pas l’État. Nous non plus.

Témoignage d’Antoine Piron, militant Youth for Climate :

« Vendredi, je me suis rendu compte que ma liberté m’était précieuse. Un blocage. Une manifestation pacifique pour notre planète, pour notre humanité. Des convictions. Je ne cède pas. Je me bats, sans violence pour notre avenir. On m’a souvent répété : « La liberté des uns s’arrête où celle des autres commence. » Ma liberté de défendre notre espèce, la planète, le vivant, s’arrêterait donc où la liberté des autres, celle de consommer et de produire à outrance commencerait ? Attendez, vous rendez-vous compte de l’énormité de cette phrase ? Cela ne peut pas être vrai. Il faut que ça change. L’espèce humaine est bien plus belle et plus sensée que cela. Nous nous trompons de bonheur. Réveillons-nous, unissons-nous : jeunes ou moins jeunes, riches ou pauvres, citadins ou ruraux. Nous vivons sur la même planète. Apprenons de chacun. De l’espoir, pas d’exaspération. Le système nous divise. Unissons nos forces, dans la tolérance, l’amour et la paix. »

Sources :
1 : Libération : Relaxe des décrocheurs de portraits de Macron : «Le juge a tout compris aux objectifs de nos actions»

Contacts Presse :
Damien HOT ROBIN – 07 86 45 90 64 – dadamien14@protonmail.com
Antoine PIRON – 06 95 59 10 68 – piron.antoine@outlook.fr
presse@youthforclimate.fr

 

Youth for Climate à l’Assemblée Nationale

Youth for Climate à l’Assemblée Nationale

Le 23 Juillet 2019, Ivy Fleur-Boileau, Alicia Arquetoux, Virgile Mouquet, trois membres de Youth For Climate Angers, Lorient, et Bordeaux, ainsi que Greta Thunberg, lanceuse d’alerte Suédoise, et la vice-présidente du GIEC Valérie Masson-Delmotte, ont tenus des discours en face d’un certain nombre de députés, dans la Salle Victor Hugo de l’Assemblée Nationale.

Ils étaient invités par le député Matthieu Orphelin à s’exprimer et à prendre part aux débats avec les élus. Malgré le boycott de l’intervention de Greta Thunberg, et donc des autres jeunes et de scientifique, les questions et remerciements post-discours furent nombreux.

Après le discours de Greta Thunberg, où elle cite énormément de chiffres et de faits politiques, tout en évoquant l’urgence, le tour est venu pour les 3 jeunes français de s’exprimer. Ils ont par exemple demandé aux députés de prendre leurs responsabilités « car les citoyens vous ont élus. Prendre des décisions contraignantes est votre devoir ! Nous vous demandons de faire vos devoirs » disait Virgile. Ivy a parlé de l’angoisse douloureuse qu’elle et beaucoup d’autres ressentent. « Moi, ça me fais paniquer 2030 2040 (…) Combien d’enfants dans la rue vous faut-il pour vous faire réagir ? » a-t-elle déclaré. Enfin, Alicia Arquetoux a rappelé ladignité du combat porté par les jeunes en lançant « qu’y a t’il de plus légitime que de se battre pour sa vie ? » notamment.

Valérie Masson-Delmotte, a pris la parole juste après les jeunes pour développer les aspects scientifiques la question. Elle a notamment expliqué que "Limiter le réchauffement à 1,5 degré pourrait réduire de plusieurs centaines de millions le nombre de personnes dans le monde exposées au risque climatique et susceptibles de basculer dans la pauvreté", et le fait qu’il est encore possible d’atteindre cet objectif. Elle a rappelé que « chaque demi degré compte ».

À la suite des discours, est venu le temps des questions. Les jeunes de Youth for Climate et Greta Thunberg répondent ainsi aux députés et aux médias. Au milieu des interventions, Robin Jullian, membre de Youth for Climate, qui fait la grève tous les vendredis à Grenoble, a partagé son touchant témoignage en expliquant le choc qu’avait provoqué dans son enfance sa réalisation que son futur était menacé. Il déclare avoir « perdu foi en l’Humanité », mais que cette douleur lui a servi de moteur : « J’ai compris qu’abandonner ferait de moi un lâche ».

Photos par Louise V.

Aachen : Grève et action directe

Aachen : Grève et action directe

#AC2106

Pourquoi ce hashtag, me diriez-vous ? C’est tout simple, il représente les 2 manifestations ayant eu lieu à Aix-la-Chapelle et le long de la mine de Garzweiler II.

Vendredi, près de 40 000 personnes de 16 nationalités ont relié différents points (la Gare Centrale, un parc, et l’université de la ville, mais aussi à vélo des Pays-Bas voisins) au stade Tivoli au nord d’Aix-la-Chapelle. Durant la manifestation ont résonné les slogans comme « on est là, on est bruyant, car ils nous volent l’avenir » ou encore « Charbon stop ; protection du climat ; l’Hambi [forêt menacée] reste ». Au bout de la manifestation, alternaient groupes de musique et intervenants venant de partout dans le monde (Allemands mais aussi indiens et philippins). Du côté français, Cyril Dion, réalisateur du film Demain et Robin Jullian, de Grenoble se sont exprimés. Le soir, un concert est donné par le groupe BrassRiot près du lieu d’hébergement, un parking renommé pour l’occasion en « Parkhotel ». Il a accueilli au total près de 2 750 personnes !

Le samedi, une seconde manifestation a eu lieu le long de la mine jusqu’au village de Kayenberg, situé à moins d’un kilomètre de la mine de lignite. Elle aura rassemblé 8 000 personnes ! Dans le même temps les militants d’Ende Gelände (environ 6 000) entraient pacifiquement sur la mine de Garzweiler II pour protester contre les agrandissements de mine RWE prévus, qui détruiraient plusieurs villages et la forêt de Hambach située proche de la mine du même nom à quelques kilomètres du lieu de la manifestation. Ces manifestations auront fait d’Aix-la-Chapelle la capitale du mouvement écologiste pour quelques jours !

Témoignage

Je m’appelle Zoé, j’ai 18 ans, je suis à Youth For Climate Lyon et ce weekend j’ai fait plusieurs actions de lutte climatique en Allemagne.

Le 21 juin je suis allée à Aix la chapelle pour la marche européenne organisée par le mouvement Fridays For Future, qui a rassemblé 16 autres pays et 40 000 personnes ! Ce fut vraiment impressionnant de voir autant de jeunes engagés pour le climat et une si grande détermination et énergie.

Mais ce qui a été le plus marquant pour moi fut l’action organisée par Ende Gelände contre l’exploitation du charbon, qui en plus d’être l’une des plus grandes sources de C02 en Europe menace la forêt et les villages environnant les différentes mines.

Samedi j’ai donc réussi à rentrer dans la mine de Garzweiler avec un groupe de 2000 personnes. Ce fut une action en même temps poignante et effrayante. Dans un premier temps lorsque je me suis retrouvée face à cette immensité sans vie, comme un paysage lunaire où tout a été détruit, je me suis réellement rendue compte du désastre. Puis il a fallu passer plusieurs barrages de policiers, courir pour descendre dans la mine et tenir bon malgré la chaleur épuisante et la pression des forces de police commençant à nous déloger.

Grâce aux différents groupes, la mine et les rails d’acheminement sont restés bloqués pendant 48h.

Malgré l’euphorie de l’action de masse, tous les moments de partage avec les autres activistes et l’impression d’avoir œuvré pour la planète, je n’oublie pas qu’il ne s’agit que d’une action ponctuelle et que nous avons encore beaucoup de travail dans la lutte climatique.

Il faut maintenant aller plus loin que de simples manifestations et arrêter de seulement parler des « générations futures » en repoussant toujours le problème car l’urgence est bien réelle et elle nous concerne déjà toutes et tous. La désobéissance civile doit se faire de plus en plus en repensant la balance entre le légal et le légitime : ici bloquer la mine était illégal mais totalement légitime si l’on considère qu’il s’agit d’une menace environnementale. Nous devons conti­nuer à nous unir face à l’urgence climatique, le mou­vement ne fait que com­mencer !

Merci à @_stephanemeyer_ pour les photos

Arshak Makyshian, le quotidien d’un militant Russe

Arshak Makichan, le quotidien d’un militant russe

Depuis le 15 mars, un jeune russe, Arshak Makichan, manifeste chaque vendredi à Moscou contre l’inaction climatique. Il a 24 ans et étudie le violon au conservatoire de musique. Nous avons eu l’honneur de pouvoir parler avec lui. Arshak nous raconte l’origine de sa mobilisation et son quotidien : « c’est au moment où Greta fait son appel à manifester que j’ai décidé de m’engager pour le climat. Avant, cela m’avait intéressé mais j’avais trop peur et j’étais occupé à jouer du violon. » Il a donc décidé de manifester chez lui, à Moscou. Mais, en Russie les rassemblements ne sont pas du tout vus de la même manière : ceux de plus de deux personnes sont interdits.

C’est pourquoi Arshak exprime son mécontentement par les piquets solitaires : il se tient debout, devant le monument de Pouchkine (au centre de la ville), sa pancarte exposée aux regards des passant·es ; certain·es, intrigé·es, vont parler avec lui, mais pas toujours pour le féliciter. Plusieurs l’accusent même de véhiculer de la propagande américaine. En effet, en Russie, beaucoup de gen·tes pensent que le réchauffement climatique est une fake-news (comme quoi, pas besoin de s’appeler Trump pour croire en cette folie), une idée inventée par les États-Unis : le régime en place passe sous silence cet enjeu, ce qui fait que peu de gen·tes y sont sensibilisé·es.

« La mobilisation n’est pas très forte dans mon pays, la plupart des gen·tes de mon âge ne sont pas sensibilisé·es du tout, iels ne savent même pas trier par exemple. » nous explique Arshak ; et les seul·es intéressé·es ont peur des représailles du gouvernement. « Mais nous sommes déjà un petit groupe, qui s’organise et se soutient. »

Un autre problème en Russie est la police : Arshak nous raconte que la police a essayé de l’intimider, par deux fois déjà. La première était lors d’une de ses grèves : « iels sont venu·es me voir et m’ont posé toutes sortes de questions insensées : qui me payait pour faire ça, etc. Iels ne répondaient pas à mes questions ; après, iels ont pris une photo de mon passeport et m’ont dit qu’iels allaient en parler avec les autorités. » La deuxième fois était dans le métro : les policier·es l’ont emmené dans une salle sans rien dire, iels ont appelé quelqu’un, puis l’ont relâché au bout de quelques minutes.

 

« Si elle le souhaite, la police peut monter de fausses accusations contre moi, mais pour l’instant, elle a jugé que c’était mieux de me laisser faire, grâce à ma couverture médiatique : ce serait vite relayé à l’international et cela donnerait une trop mauvaise image de la Russie. Malgré cela, je ne suis quand même pas trop rassuré : je suis exposé aux regards malveillants dans la rue et être seul n’est pas toujours facile. »


Théoriquement les manifestations ne sont pas interdites, en Russie, mais il faut une autorisation pour les faire (et si on fait une manifestation sauvage ce n’est pas comme en France, mais autrement plus dangereux). Le groupe d’étudiant·es qui organisait le 15 mars avait réussi à avoir l’autorisation : « Moi, je venais d’arriver dans le mouvement, j’ai juste suivi le groupe d’organisateurices. Nous étions à peu près 50, mais c’était une manifestation statique, nous étions tou·tes confiné·es dans un endroit entouré de barrières. Les passant·es ne pouvaient pas nous voir. » Mais le 24, la demande a été refusée, alors l’étudiant a manifesté selon sa méthode, en piquet.


Pour l’année prochaine, il y a beaucoup de projets ; « j’ai commencé à traduire le manifeste de Fridays For Future en russe avec l’aide d’autre organisations et personnes, pour que ce soit ouvert à tou·tes celleux qui ne sont pas à l’aise en anglais. » Arshak compte aussi préparer la grève mondiale, le 20 septembre et peut-être trouver d’autres étudiant·es russes pour manifester avec lui. Mais, cela ne peut que s’améliorer, après tout : iels sont de plus en plus à manifester !